Isophit : la botte secrète du mouvement⎪Témoignage d’une pratiquante

« C’est dans les vieilles marmites que l’on fait les meilleures soupes. » Tel pourrai-je décrire le concept Isophit, moi qui ai souvent tendance à faire l’analogie entre le domaine de la gastronomie et celui de l’entraînement. Deux univers avec lesquels je me régale.

Effectivement, Isophit a su par l’intermédiaire de son inventeur Brad Thorpe et d’Arnaud Ferec le directeur d’Isophit Europe, remettre au goût du jour l’importance de l’isométrie. Longtemps sous-estimé, ce régime de contraction musculaire est et reste une arme absolue (d’activation massive) sans commune mesure avec les autres modalités de contraction que nous connaissons. Lui conférant un rôle essentiel voire indispensable pour ce qui représente le coeur de nos interventions, et que nous cherchons sans cesse à améliorer/optimiser dans une optique de performance et/ou de prévention des blessures : le mouvement.
 
Or, nous avons trop souvent tendance à penser que pour améliorer le mouvement, il faut faire exclusivement… du mouvement (nous y reviendrons dans mon article à venir sur la mobilité). C’est oublier que le corps est une magnifique machine adaptative qui fonctionne en mode « éco ». Et toutes les problématiques de faiblesses, de raideurs et de compensations qui nécessitent que l’on s’y attarde. 
 
Entre épisodes inflammatoires et rachialgiques, contractures musculaires, entorses à répétition (d’un naturel plutôt laxe)… tel a longtemps été le quotidien d’Élise. Pratiquante d’escalade, elle m’a été adressée par Jean-Manuel Kerangueven ostéopathe-posturologue et kinésithérapeute de formation avec lequel je collabore efficacement depuis plus de deux ans maintenant. Au terme d’un peu moins d’une vingtaine de séances ensemble, réalisées pour la plupart sur Isophit, nous sommes en train de réaliser notre pari : lui permettre un meilleur confort de mouvements et résorber ses douleurs du quotidien. Optimiser sa mobilité et sa posture en somme.
 
Voici son témoignage.
 

Isophit, l’isométrie au service du mouvement

« 25 ans de douleurs musculo-squelettiques ne s’enlèvent sûrement pas en un claquement de doigts, ni avec une seule technique passive. En revanche, grâce à un renforcement hyper ciblé, personnalisé et exigeant, elles diminuent progressivement mais sûrement! Aussi grâce à une prise en charge coordonnée ostéopathe-posturologue (NDLR : Jean-Manuel Kerangueven)/préparateur physique (Olivier Allain), alors là, ça progresse encore mieux!

 

25 ans de douleurs musculo-squelettiques ne s’enlèvent sûrement pas en un claquement de doigts, ni avec une seule technique passive.

 

Je me sens très reconnaissante envers Olivier pour son écoute, son professionnalisme, sa gentillesse, sa patience, sa rigueur et son « coaching ». Je n’ai jamais été aussi « encadrée » sur le plan physique et heureusement, car il faut une bonne motivation intrinsèque et un préparateur bien motivant aussi pour garder le rythme, car là, on travaille. C’est ce que j’aime même si c’est parfois exigeant, mais toujours pour la bonne cause. Il ne s’agit pas ici d’être « patiente », encore et toujours, « patienter ». Non. Il s’agit d’être active. Active de sa santé, et ça change tout. Etre accompagnée c’est très différent que d’être portée. On peut compter sur l’autre mais c’est nous qui faisons le boulot, donc au final, je ressens ET une grande gratitude envers Olivier ET un renforcement de ma propre « estime de soi »!

 

Je suis sciée de constater combien des micro-mouvements ou des postures statiques qui n’ont l’air de rien du tout peuvent me faire travailler de façon ciblée, c’est vraiment impressionnant.

 

Changer de posture physique a aussi coïncidé pour moi avec un énième changement de posture psychique et de posture de vie. Cela contribue à un rééquilibrage global qu’une seule approche ne saurait sans doute atteindre. Par ailleurs, je suis sciée de constater combien des micro-mouvements ou des postures statiques qui n’ont l’air de rien du tout peuvent me faire travailler de façon ciblée, c’est vraiment impressionnant. Et Olivier planifie chaque séance en terme de types d’exercices, de durée, de rythme, selon ce qui a été bossé les fois d’avant, non pas avec une méthode dans l’absolu, mais toujours avec une méthode adaptée à un(e) individu(e) unique.

Merci! »

Elise

 

En cela, Isophit est un outil fantastique puisqu’il permet d’appréhender un ensemble de paramètres de manière simplifiée et terriblement efficace en vue d’améliorer drastiquement la stabilité articulaire et la qualité de mouvement. Ce que j’ai moi-même pu remarquer chez mes clients et mes sportifs. Que demander de mieux. 
 
« It all starts here » (« Tout commence ici »).
 
Isophitness Lyon
2 place de Francfort
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Isophit It All Starts Here

 

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Il était une fois… la proprioception (Partie 2)

Après la première partie de ce dossier sur la proprioception dédiée à une approche théorique, nous vous proposons de poursuivre ce second et dernier volet, par un versant plus pratique consacré : à une revue de littérature concernant les effets de l’entraînement sur surfaces instables; puis à des perspectives sur la manière d’aborder la proprioception dans vos entraînements. Bonne suite.

 

 

RÉSUMÉ : La proprioception, qu’est-ce que c’est ?

Retrouvez un préalable concernant la manière de définir et d’entraîner la proprioception.

(Interview réalisée par le site et l’application Tonsser)

 

Effets de l’entraînement sur surfaces instables : revue de littérature

Dans l’expression de la proprioception, une stabilité optimale étant fondamentale à la performance (Comerford et al., 2001) [ref]Comerford MJ., Mottram SL. Functional stability re-training:principles and strategies for managing mechanical dysfunction. Manual Ther 6: 3–14, 2001.[/ref] – comme nous l’avons conclu dans la partie 1 – il est pratique courante d’incorporer des exercices d’équilibre dans le programme d’entraînement des athlètes qui désirent rester compétitifs le plus longtemps possible, sans se blesser.

Inspirées des protocoles de rééducation utilisés en kinésithérapie, les surfaces instables sont dès lors employées avec la volonté d’améliorer la stabilité articulaire par la recherche de co-contractions agoniste-antagoniste appropriées, de stimuler le taux de développement de la force (Rate of Force Development : RFD) (Cressey et al., 2007) [ref]Cressey EM., West CA., Tiberio DP., Kraemer WJ., Maresh CM. The effects of ten weeks of lower-body unstable surface training on markers of athletic performance. J Strength Cond Res., 21(2):561-7, 2007.[/ref], la stabilité réactive et la capacité du pied à agir comme un adaptateur efficace et mobile (Lewindon et Joyce, 2008) [ref]Lewindon D., Joyce D. Sports injury prevention and rehabilitation : integrating medicine and science for performance solutions – The athletic foot and ankle. Routledge, 2016.[/ref].

Cependant, de nombreux avis mitigés demeurent pour cette approche jugée non-spécifique à la pratique d’un grand nombre de disciplines sportives. Reflétant les contradictions scientifiques auxquelles la thématique est sujette, entre les études qui signalent des améliorations globales de l’équilibre par l’entraînement sur ces surfaces alors que d’autres ne rapportent des effets que sur les tâches spécifiquement entraînées (Kümmel et al., 2016) [ref]Kümmel J., Kramer A., Giboin LS., Gruber M. Specificity of Balance Training in Healthy Individuals: A Systematic Review and Meta-Analysis. Sports medicine, 46(9), 1261-1271, 2016.[/ref].

Il n’y a aucune preuve que l’entraînement sur surfaces instables augmente la proprioception (NDLR : des chevilles). Bien qu’il puisse augmenter la coordination et l’équilibre, ce n’est pas la même chose que la proprioception (Eriksson, 2001) [ref]Eriksson E. Can proprioception be trained? Knee Surg, Sports Traumatol, Arthrosc, 9 : 127, 2001.[/ref]. Et au risque d’en faire bondir certains (attention à la retombée tout de même, surtout si vous vous trouvez sur un Bosu® ball…), certains auteurs n’hésitent pas à remettre en cause la conception d’une capacité d’équilibre général et à comparer l’entraînement sur surfaces instables à « une perte de temps » (Van Hooren, 2016) [ref]Van Hooren Bas (LinkedIn) : Balance training: A waste of time?[/ref]. Un brin provocateur ? Voyons ensemble.

Nous avons déjà tous entendu parler de Freeman et son célèbre plateau sphérique (photo 1) (les plus facétieux diront de ne pas confondre avec l’acteur américain ou le compositeur du groupe de rap marseillais IAM), sans forcément avoir eu la curiosité de se pencher sur la teneur de ses travaux réalisés dans le contexte du traitement des entorses de chevilles dans les années 1960 (pour les plus curieux : Instability of the foot after injuries to the lateral ligament of the ankle – Reflex innervation of the ankle joint). Et grâce auxquels la rééducation proprioceptive, abordée par les kinésithérapeutes, et dont nous nous inspirons, à vu le jour. L’idée était de suppléer le déficit des récepteurs ligamentaires par une stimulation accrue des FNM (fuseaux neuromusculaires ou muscle spindles en anglais), au travers des protocoles sur plans stables puis instables (Barsi, 2012) [ref]Barsi S. La proprioception – Principes fondamentaux de la rééducation proprioceptive. Sauramps Medical, 2012.[/ref]. Or, ce principe bien qu’il puisse paraître intéressant en théorie et en terme de résultats cliniques obtenus dans une approche rééducative, a en pratique, trouvé ses limites lorsqu’il est rapporté à l’amélioration de la proprioception et à une optique de performance.

Plateau de Freeman

Photo 1 – Plateau de Freeman

 

Rééducation, réathlétisation et surfaces instables 

« L’entraînement en instabilité est considéré comme bénéfique en tant qu’outil de rééducation » (Kohler, 2010) [ref]Kohler JM., Flanagan SP., Whiting WC. Muscle activation patterns while lifting stable and unstable loads on stable and unstable surfaces. J Strength Cond Res., 24(2):313-21, 2010.[/ref]. S’appuyant sur les travaux d’Anderson et Behm (2004, 2005) [ref]Anderson KG., Behm DG. Maintenance of EMG activity and loss of force output with instability. J Strength Cond Res., 18(3):637-40, 2004.[/ref] [ref]Anderson K., Behm DG. The impact of instability resistance training on balance and stability. Sports Med., 35(1):43-53, 2005.[/ref] [ref]Anderson K., Behm DG. Trunk muscle activity increases with unstable squat movements. Can J Appl Physiol., 30(1):33-45 2005.[/ref], Kohler et son équipe précisent « qu’un niveau équivalent d’activation musculaire peut se produire en utilisant moins de résistance, tout en sollicitant le tronc et les stabilisateurs articulaires pendant l’exercice ». Et tout les avantages que cela pourrait procurer dans la prise en charge d’un sportif ou d’une personne blessé(e) : l’entraînement avec des charges réduites sur une surface instable pourrait entraîner moins de forces de compression sur les segments du corps et donc engendrer moins de stress pendant la rééducation. La répartition des contraintes autour de l’articulation pouvant expliquer une augmentation plus ou moins importante de l’activité des muscles antagonistes (selon les auteurs) et surtout de celle des synergistes observées en contrepartie d’une diminution de la force produite (Behm et al., 2002; McBride et al., 2006) [ref]Behm DG., Anderson K., Curnew RS. Muscle force and activation under stable and unstable conditions. J Strength Cond Res., 16(3):416-22, 2002.[/ref] [ref]McBride JM., Cormie P., Deane R. Isometric squat force output and muscle activity in stable and unstable conditions. J Strength Cond Res., 20(4):915-8, 2006.[/ref]. Comme nous l’aborderons plus loin.

Dans la continuité des travaux de Freeman, McHugh et al. (2007) [ref]McHugh MP., Tyler TF., Mirabella MR., Mullaney MJ., Nicholas SJ. The effectiveness of a balance training intervention in reducing the incidence of noncontact ankle sprains in high school football players. Am J Sports Med., 35(8):1289-94, 2007.[/ref] ont mis en évidence l’utilité de protocoles d’entraînement en instabilité dans la prévention des blessures à la cheville, pour lesquels cinq minutes par jour suffiraient pour produire une réduction significative du risque de blessure(s) sans contact au cours d’une saison…

Un intérêt clairement identifié par les physiothérapeutes (et des concepteurs) dans le cadre d’une restauration des fonctions articulaires (Mori A., 2004) [ref]Mori A. Electromyographic activity of selected trunk muscles during stabilization exercises using a gym ball. Electromyogr Clin Neurophysiol., 44(1):57-64, 2004.[/ref] qui a grandement contribué à l’avènement et l’évolution des divers outils et procédés d’instabilité (Chanussot et Danowski, 2001) [ref]Chanussot JC., Danowski RG. Rééducation en traumatologie du sport. Membre inférieur et rachis (3ème édition). Masson, 2001.[/ref].
Plus que par la restriction des sollicitations articulaires avec les premiers modèles de plateau (de Castaing), puis l’évolution vers une forme tridimensionnelle avec les plateaux de Freeman (et plus récemment encore avec le concept Myolux : photo 2), sans compter tous les dispositifs gonflables comme le Bosu®, les coussins dits de « proprioception »…etc; c’est aussi et surtout en terme de recrutement neuromusculaire qu’un enrichissement a du être apporté (Barsi, 2012). Et l’intention que les praticiens ont eu, entre autre, d’inclure les techniques de PNF (Proprioceptive Neuro Facilitation) ou Kabat – approche manuelle qui consiste à précéder la contraction des muscles par leur mise en tension et un étirement bref (cela doit vous rappeler quelque chose : cf. partie 1) – Bobath ou Feldenkrais pour ne citer qu’elles, au préalable des exercices proposés sur différentes surfaces stables puis instables. En vue de « conditions de recrutement plus extrêmes » qui ne suffisent pas à la seule utilisation de ces surfaces ou matériels : le taux, la fréquence et la gravité encore importants des pathologies des membres inférieures malgré leur usage l’attestent, en particulier chez les sujets sains (Söderman et al., 2000; Konradsen, 2002; Verhagen et al., 2004) [ref]Söderman K., Werner S., Pietilä T., Engström B., Alfredson H. Balance board training: prevention of traumatic injuries of the lower extremities in female soccer players? A prospective randomized intervention study. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc., 8(6):356-63, 2000.[/ref] [ref]Konradsen L. Factors Contributing to Chronic Ankle Instability: Kinesthesia and Joint Position Sense. J Athl Train., 37(4): 381–385, 2002.[/ref] [ref]Verhagen E., van der Beek A., Twisk J., Bouter L., Bahr R., van Mechelen W. The effect of a proprioceptive balance board training program for the prevention of ankle sprains: a prospective controlled trial. Am J Sports Med., 32(6):1385-93, 2004.[/ref] .

Ajouté à cela, à l’instar des investigations de Ashton-Miller (2001) [ref]Ashton-Miller JA., Wojtys EM., Houston LJ., Fry-Welch D. Can proprioception really be improved by exercises? Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc., 9(3):128-36, 2001.[/ref] et nos constatations sur les latences du système neuromusculaire abordées en première partie, les travaux originels de Thonnard (1988) [ref]Thonnard JL. La pathogénie de l’entorse du ligament latéral externe de la cheville. Évaluation d’une hypothèse. Thèse en vue de l’obtention du grade de Docteur en réadaptation. Université Catholique de Louvain – Faculté de médecine – Institut d’éducation physique et de réadaptation, 1988.[/ref] grandement repris, ont montré que le laps de temps nécessaire à la survenue d’une lésion ligamentaire (≃ 30 ms) était très inférieur à celui de la réponse musculaire correctrice (≃ 60 à 70 ms) initiée par la boucle de rétroaction. Barsi expliquant que « la rééducation proprioceptive est souvent réduite à la notion de placement du patient dans des conditions de déstabilisations […] » et « il ne s’agit pas seulement de pousser sur le patient pour faire du proprioceptif et entraîner une contraction des muscles périarticulaires sans autres distinctions. […] de ces constatations est née l’idée de développer des réponses, anticipées, programmées à l’avance par un apprentissage dans des situations de plus en plus complexes et risquées » afin d’aider le patient à retrouver le sens proprioceptif sans lequel « la rééducation proprioceptive ne peut se concevoir ».

Concept Myolux

Photo 2 – Le concept Myolux gamme « medik » (Source : Myolux)

L’emploi des surfaces ou matériels instables qui a donc sa part belle dans une rééducation ou réathlétisation musculo-articulaire progressive et globale, reste toutefois fortement limitée pour ne pas dire inexistante pour la proprioception et donc la prédiction des accidents d’instabilité. « En s’entraînant simplement sur surfaces instables et autres, ne suffira pas à récupérer une fonction [musculo-articulaire] correcte » (Bosch, 2015) [ref]Bosch, F. Strength training and coordination: An integrative approach. Ten Brink, The Netherlands: 2010 Publishers, 2015.[/ref]. Aussi, le déficit de force produite et malgré la supposée activation musculaire lors d’exercices à faibles charges constaté lors de ces pratiques (Behm et al., 2010) [ref]Behm DG., Drinkwater EJ., Willardson JM., Cowley PM. The use of instability to train the core musculature. Appl Physiol Nutr Metab., 35(1):91-108, 2010.[/ref], si on s’appuie sur les observations scientifiques et la logique des préférences motrices, implique pour le système sensori-moteur d’accentuer les mécanismes de compensations (cf. partie 1). Et finalement, d’aller à l’encontre du but recherché lorsqu’elles sont systématiquement employées dans nos entraînements : (ré)équilibrer à défaut de pouvoir remédier à coup sûr, à une dysfonction musculo-articulaire. La présumée plus grande participation des muscles antagonistes et surtout des synergistes (hypothèse plus probable) constatée par Behm et al. (2002) [ref]Behm DG., Anderson K., Curnew RS. Muscle force and activation under stable and unstable conditions. J Strength Cond Res., 16(3):416-22, 2002.[/ref], comme les observations faites par Zemková (2016) [ref]Zemková E. Instability resistance training for health and performance. J Tradit Complement Med., 7(2):245-250, 2016.[/ref] concernant les effets de la fatigue lors d’un mouvement de chest press plus marqués sur un plan stable que sur un plan instable, soutiennent cette position. La praticité des surfaces instables sur une population saine étant sans fondement (Cressey et al., 2007; Kohler, 2010). A l’image des dernières études sur les entorses latérales de cheville (LAS : Lateral ankle sprain), les exercices sur surfaces instables ne ciblent pas la proprioception, bien au contraire : ils court-circuiteraient les informations sensorielles en provenance de la cheville et du pied (!)  (Kiers et al., 2012) [ref]Kiers H., Brumagne S., van Dieën J., van der Wees P., Vanhees L. Ankle proprioception is not targeted by exercises on an unstable surface. Eur J Appl Physiol., 112(4):1577-85, 2012.[/ref]. A quelques exceptions près, le pied est un peu le laissé-pour-compte du milieu de l’entraînement soit dit en passant…

 

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Renforcement musculaire et surfaces instables 

Kiers et ses collaborateurs, ont dès lors émis l’hypothèse que l’instabilité occasionnée par une surface instable obligeait le système nerveux central (SNC) à une réorganisation sensori-motrice : reporter la gestion de l’équilibre à l’étage sus-jacent, à savoir dans ce cas, la région lombaire. En effet, il est majoritairement admis que le travail en instabilité engage d’avantage les muscles abdominaux et posturaux (Anderson et Behm, 2005; Marshall et Murphy, 2005; Marshall et Murphy, 2006; Sternlicht et al., 2007; Behm et al., 2010) [ref]Marshall PW., Murphy BA. Core stability exercises on and off a Swiss ball. Arch Phys Med Rehabil., 86(2):242-9, 2005.[/ref] [ref]Marshall PW., Murphy BA. Increased deltoid and abdominal muscle activity during Swiss ball bench press. J Strength Cond Res., 20(4):745-50, 2006.[/ref] [ref]Sternlicht E., Rugg S., Fujii LL., Tomomitsu KF., Seki MM. Electromyographic comparison of a stability ball crunch with a traditional crunch. J Strength Cond Res., 21(2):506-9, 2007.[/ref].

Cette croyance assez répandue selon laquelle le moyen le plus efficace de recruter les muscles stabilisateurs du tronc ou du « core » (muscles des régions abdominale et lombo-pelvienne) est de réaliser les exercices traditionnels sur des surfaces instables; au vu des résultats mitigés obtenus au cours de différentes études, manque encore de preuves scientifiques concluantes (Lawrence et Carlson, 2015) [ref]Lawrence MA., Carlson LA. Effects of an Unstable Load on Force and Muscle Activation During a Parallel Back Squat. J Strength Cond Res., 29(10):2949-53, 2015.[/ref].

Pour illustration, ces différentes études citées ayant utilisé la même charge absolue dans toutes les conditions alors que la charge relative reste plus importante sur une surface stable comparée aux conditions sur une surface instable. Et pour la majorité d’entre elles, effectuées auprès d’une population non entraînée et même parfois « complètement déconditionnée » (Cressey et al., 2007). Sans parler des différentes modalités de placement et d’exécution (photos 3 à 6) qui restent discutables desquelles l’efficacité et les résultats obtenus dépendent irrémédiablement (Sternlicht et al., 2007). Ou de l’hétérogénéité dans la durée des expériences allant d’une session unique à six mois d’études (Aman et al., 2015) [ref]Aman JE., Elangovan N., Yeh IL., Konczak J. The effectiveness of proprioceptive training for improving motor function: a systematic review. Front Hum Neurosci., 8:1075, 2015.[/ref]. Un manque de pertinence que confient leurs auteurs eux-mêmes.

 

Pour Fowles (2010) [ref]Fowles JR. What I always wanted to know about instability training. Appl Physiol Nutr Metab., 35(1):89-90, 2010.[/ref], l’approche ne constitue pas la meilleure stratégie en toute situation. L’auteur qui s’appuie sur la prise de position de Behm et al. et de la Canadian Society for Exercise Physiology (2010) [ref]Behm DG., Drinkwater EJ., Willardson JM., Cowley PM. Canadian Society for Exercise Physiology position stand: The use of instability to train the core in athletic and nonathletic conditioning. Appl Physiol Nutr Metab., 35(1):109-12, 2010.[/ref] mentionne la propension d’un grand nombre d’entraîneurs, de coachs et d’athlètes à vouloir utiliser l’entraînement en instabilité de manière intensive dans le désir d’accentuer la difficulté des exercices de base comme par exemple les squats. Précisant que cela reste concevable, à condition que le niveau de stabilité et la technique concordent, l’exercice devant être adapté il va de soi. Il spécifie que la musculature du « core » (squelette axial et ses tissus mous) doit être entraînée en endurance, le renforcement musculaire, la force et la puissance envisagés au travers d’autres procédés et exercices plus adaptés.

Cressey et al. (2007) font remarquer dans le modèle des chaines cinétiques, l’importance de différencier : l’instabilité au niveau du pied qui requiert une surface stable dans la régulation du centre de gravité (CoM : Center of Mass ou CoP : Center of Pressure) [rejoignant les constatations de Ivanenko et al. (1999) [ref]Ivanenko YP., Talis VL., Kazennikov OV. Support stability influences postural responses to muscle vibration in humans. Eur J Neurosci., 11(2):647-54, 1999.[/ref] et Brumagne et al. (2008) [ref]Brumagne S., Janssens L., Knapen S., Claeys K., Suuden-Johanson E. Persons with recurrent low back pain exhibit a rigid postural control strategy. Eur Spine J., 17(9):1177-84, 2008.[/ref]] – pour assurer la transmission de ses informations sensorielles et de celles de la cheville au SNC – lors de la majorité des mouvements athlétiques en chaine cinétique fermée; et l’instabilité appliquée au niveau du tronc et surtout des bras plus sujets à être soumis à diverses situations de déséquilibre avec recherche d’une base de stabilisation (chaine cinétique ouverte). À cet égard, ils considèrent plus utile d’employer les surfaces instables comme par exemple un « stability ball » ou swiss ball pour renforcer la musculature du tronc et du haut du corps plutôt que pour les exercices ciblant les membres inférieurs, ce qui rejoint ce que nous avons vu plus haut. Tout en mettant en garde ces mêmes professionnels et coachs de la condition physique grands adeptes des surfaces instables : elles sont à consommer avec modération en dehors de toute rééducation ou réathlétisation. 

Martuscello et al. (2013) [ref]Martuscello JM., Nuzzo JL., Ashley CD., Campbell BI., Orriola JJ., Mayer JM. Systematic review of core muscle activity during physical fitness exercises. J Strength Cond Res., 27(6):1684-98, 2013.[/ref] au travers une revue de littérature, ont tenté d’identifier selon les résultats obtenus à l’EMG (électromyographie : ⚠️ une technique intéressante mais pas fiable à 100 %), les exercices les plus efficaces pour l’activation de trois muscles « posturaux » essentiels : lumbar multifidus, transverse abdominis, quadratus lumborum. Ces principaux muscles toniques riches en récepteurs proprioceptifs (notamment le multifidus) conditionnent la stabilité de la région lombo-sacrée qui joue un rôle clé dans le contrôle du bassin et de là, l’équilibre et la posture globale (cf. mon dossier sur le mal de dos et les lombalgies). Ils ont entre autre recensé une activité EMG plus importante des muscles multifides de la région lombaire durant les exercices avec charges libres qu’avec swiss ball ou avec Bosu (Willardson et al., 2009) [ref]Willardson JM., Fontana FE., Bressel E. Effect of surface stability on core muscle activity for dynamic resistance exercises. Int J Sports Physiol Perform., 4(1):97-109, 2009.[/ref]. Une activation similaire du muscle transverse durant des exercices de core stability et avec swiss ball. Pour le carré des lombes, aucune étude valide ayant été référencée. Les auteurs concluant l’intérêt supérieur des exercices polyarticulaires avec charges libres. 

Dans notre quête d’une stabilité optimale, Slijper et Latash (2000) [ref]Slijper H., Latash M. The effects of instability and additional hand support on anticipatory postural adjustments in leg, trunk, and arm muscles during standing. Exp Brain Res., 135(1):81-93, 2000.[/ref] avaient de leur côté, déjà étudié les effets de l’instabilité sur les ajustements posturaux anticipatoires (APA’s : Anticipatory Postural Adjustements) au niveau des muscles des jambes (tibialis anterior, soleus, rectus femoris, biceps femoris), du tronc (rectus abdominis, erector spinae) et des bras (biceps brachii, triceps brachii, flexor carpi radialis, extensor carpi ulnaris), lors d’actions de touché ou de saisie en station érigée.
Cela leurs avait permis d’examiner par EMG, plateforme de force et accéléromètre, différentes stratégies adoptées par les sujets de l’étude pour la régulation de leur centre de masse (cf. Homéostasie posturale, segmentaire et proprioception) à trois niveaux : musculaire (muscle isolé), articulaire (couple agoniste-antagoniste) et postural (muscles des jambes et du tronc). Partant du postulat que dans les conditions d’une approche systémique, le système nerveux central (SNC) ne contrôlerait pas les muscles isolément mais plutôt en tant qu’unités structurelles constituant un ensemble musculo-articulaire spécifique à une tâche; ils ont pu constater lors d’une action de touché, une diminution plus importante (que celle déjà établie) de l’activité posturale des muscles des jambes et du tronc en position debout sur une surface instable et peu de changements dans les muscles du bras. Aucune différence n’étant constatée lors d’une action de saisie dans les mêmes conditions, si ce n’est une augmentation significative de l’activité des muscles du membre supérieur. Il en ressort qu’au delà des diverses stratégies adoptées par chaque sujet dans ces conditions de tâches, l’étude confirme la fonction des muscles des jambes et du tronc pour la stabilité posturale – la gestion du centre de masse par le SNC durant les ajustements posturaux anticipatoires, étant  » le point le plus important » – et des muscles du bras pour la stabilité articulaire. Dans les deux cas, et malgré les faibles sollicitations employées, limite consentie par les auteurs à propos de leur étude, la coactivation musculaire semble être la stratégie privilégiée par les systèmes mis en jeu. Un argument en faveur des cocontractions induites par l’instabilité, c’est-à-dire au degré d’implication du ou des muscles agonistes et antagonistes sans lesquels la tâche ne pourrait être réalisée. Pour autant, et en plus de la réorganisation sensori-motrice mentionnée au début de ce paragraphe, cela pose de nombreux problèmes d’un point de vue de l’efficience musculaire, à commencer par la production force si nécessaire à la performance. 

Comme l’affirment Broussal-Derval et Delacourt (2015) [ref]Broussal-Derval A., Delacourt L. La proprioception : le développement des qualités neuromusculaires au service de l’équilibre. Ed. 4Trainer et FFVB, 2015.[/ref] se référant à l’étude de Kohler et al. (2010), « on parle souvent du travail de l’équilibre en appui sur surface instable. Pourtant dans la pratique sportive, c’est plutôt l’inverse qui est observé : il s’agit de manipuler des charges instables sur des appuis stables »; à l’exception bien entendu des disciplines de glisse (et encore… Behm et al., 2005 [ref]Behm DG., Wahl MJ., Button DC., Power KE., Anderson KG. Relationship between hockey skating speed and selected performance measures. J Strength Cond Res., 19(2):326-31, 2005.[/ref]) qui nécessitent de surmonter une charge stable sur une surface instable (ski alpin, ski nautique, wakeboard, voile, surf, hockey sur glace, beach volley, natation…). Et toutes les limites de l’entraînement en instabilité qui tendent à se confirmer tant au niveau proprioceptif qu’en terme de performance et de production de force tout particulièrement. Puisque « l’une des meilleures façons d’améliorer son équilibre, est d’améliorer sa force » (cf. Bosu squats vs Regular squats). Non ? 

 

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Performance et surfaces instables

McBride le résume ainsi : l’instabilité peut entraîner une augmentation de l’activité des muscles associés, mais n’induit pas de gains observables dans la production de force mesurée. Seulement, comme nous l’avons explicité dans la précédente partie du dossier, chaque contraction musculaire optimale sur laquelle repose l’efficience d’un pattern de mouvement nécessite une chaine de stabilisation.

Grand (2012) [ref]Grand JM. La proprioception – Proprioception et instabilité de la cheville du sportif. Sauramps Medical, 2012.[/ref] présente le paradoxe mécanique et la stabilité par la relation suivante :

« stabilité = verrouillage + mobilité »  

La stabilité articulaire, « un terme physiologique supplémentaire nécessitant une attention » que Riemann et Lephart (2002) définissent comme « l’état d’une articulation maintenant ou retrouvant rapidement un alignement approprié par une égalisation des forces ».

Il nous a paru important de mettre en avant ces deux conceptions pour mieux comprendre l’intérêt de la mobilité et des mécanismes de production de force (ici représentés par le verrouillage et qui sous-entendent le contrôle et la régulation du tonus musculaire) pour améliorer la stabilité et impliquer les facteurs proprioceptifs. Or, il n’y a qu’à se pencher sur les études pour comprendre qu’instabilité et production de force paraissent incompatibles (Behm et al., 2002; Anderson et Behm, 2004 (figure 6); McBride et al., 2006 (figure 7); Cressey et al., 2007; Behm et al., 2010) : ces derniers restent persuadés qu’au delà de l’intérêt du matériel d’instabilité pour les approches rééducatives comme la lombalgie et les avantages pour la santé et la variété qu’il peut amener, leur utilisation dans un programme d’hypertrophie, de développement de la force et de la puissance auprès d’athlètes entraînés n’est pas recommandée.

Attribuant à ces sollicitations sur surfaces instables, une altération du recrutement musculaire liée à l’excès de stress qu’oblige l’accentuation de l’instabilité et de la demande posturale (Behm et al., 2002). Une atténuation de l’amélioration des performances en saut et en sprints ayant été révélée suite à dix semaines d’entraînement du bas du corps sur un ou deux DynaDisc (Cressey et al., 2007). Ce qui contraste avec les nombreuses études ayant témoigné de l’efficience des surfaces stables dans l’amélioration du RFD sans compromettre les patterns de mouvements recherchés (Häkkinen et al., 2003) [ref]Häkkinen K., Alen M., Kraemer WJ., Gorostiaga E., Izquierdo M., Rusko H., Mikkola J., Häkkinen A., Valkeinen H., Kaarakainen E., Romu S., Erola V., Ahtiainen J., Paavolainen L. Neuromuscular adaptations during concurrent strength and endurance training versus strength training. Eur J Appl Physiol., 89(1):42-52, 2003.[/ref], mais conforte les suppositions de Kiers et al.

Anderson et al. (2004) ont rapporté que la force produite lors d’un développé couché dans des conditions instables était diminuée de 59,6 % par rapport à des conditions de stabilité. Il en découle qu’un support instable compromet l’expression de la puissance (= force*vitesse) produite lors de la phase concentrique d’un mouvement à mesure que la charge augmente. Et entraîne une importante diminution du niveau de force faisant suite à la libération de l’énergie stockée lors d’une pré-contrainte excentrique (Cressey et al., 2007). Ceci s’expliquerait par un allongement du délai de la phase d’amorçage du cycle étirement-raccourcissement (stretch-shortening cycle : SSC) – dont la majorité des mouvements sportifs réalisés à des vitesses élevées dépendent grandement – et donc un retard de la contraction musculaire (Zemková, 2016). Illustrant le peu d’effets mesurés dans des conditions d’instabilité pouvant s’expliquer par cette relation stimuli-réponse insuffisante pour induire des processus adaptatifs du système neuromusculaire (Behm et al., 2015) [ref]Behm DG., Muehlbauer T., Kibele A., Granacher U. Effects of Strength Training Using Unstable Surfaces on Strength, Power and Balance Performance Across the Lifespan: A Systematic Review and Meta-analysis. Sports Med., 45: 1645–1669, 2015.[/ref]. Une manière contre-productive de conditionner son athlète à devenir plus… l-e-n-t, et loin d’être « antifragile ». Sans parler de toutes les conséquences liées à l’augmentation des contraintes, répercussions immédiates d’un SSC plus long.

Behm et Colado (2012) [ref]Behm D., Colado JC. The effectiveness of resistance training using unstable surfaces and devices for rehabilitation. Int J Sports Phys Ther., 7(2):226–41, 2012.[/ref] qui estiment d’une manière générale à 29 % (une valeur plus proche des standards de la littérature) le déficit de force moyenne pour une même tâche réalisée sur une surface instable contre une surface stable. Pour Cressey et al., « il n’est donc pas déraisonnable de penser que les effets d’un tel entraînement puissent nuire à l’optimisation de la production de force lorsqu’il est appliqué durant une période prolongée. Bien que l’activation accrue de l’antagoniste puisse aider à maintenir la stabilité de l’articulation, elle peut être contre-productive dans les tâches de force et de puissance. Le couple de force développé par l’antagoniste diminue le couple total dans la direction désirée et, par une inhibition réciproque [on préfère le terme de régulation], peut nuire à la capacité d’un individu à activer complètement ses muscles agonistes ». Et tout ce que cela implique en terme de perte de mobilité, comme nous l’avons mis en évidence dans la partie Contrôle moteur, contrôle musculaire et proprioception

Ainsi, l’intégration d’un facteur d’équilibre dans ces types de programme ne peut donc pas fournir une charge suffisante pour l’hypertrophie et surtout le recrutement musculaire. Or, n’est-ce pas l’efficience de ce recrutement que l’on souhaite obtenir pour l’optimisation de la proprioception ? Et un peu comme un serpent qui se mordrait la queue, une diminution de la sensibilité proprioceptive d’un muscle (FNM) engendre une diminution de la capacité de production de force qui par le processus de coactivation musculaire, va induire une augmentation de la raideur passive de son antagoniste. Si vous voyez où nous voulons en venir.

Mean Maximal Isometric Contractions MVIC Force Between Stable And Unstable Protocols (Anderson Et Behm, 2004)

Figure 6 – Mean maximal isometric contractions (MVIC) force between stable and unstable protocols where the asterisk (*) signifies p , 0.01 (Anderson et Behm, 2004)

Mean Maximal Isometric Squat Force And Rate Of Force Development (RFD) In Stable And Unstable Conditions (McBride Et Al., 2006)

Figure 7 – Mean maximal isometric squat force and rate of force development (RFD) in stable and unstable conditions. * Significant (p  0.05) difference between stable and unstable conditions. (McBride et al., 2006)

 

Par conséquent, l’efficacité du travail en instabilité dépend de la population et des objectifs fixés : alors que son application lors des protocoles de rééducation nécessitant une restauration des fonctions articulaires parait pertinente, et nous le répétons encore, tout autant qu’elle semble l’être dans le cadre de la formation des jeunes athlètes sous certaines conditions (Behm et al., 2015), ou auprès des personnes âgées, sa transférabilité pour les disciplines sportives n’est pas prouvée et reste en suspens (Anderson et Behm, 2005). Ces mêmes auteurs qui jugent que l’impact sur l’équilibre de l’Instability Resistance Training « n’est pas clair » et questionne de son influence sur le moyen et le long terme.

D’une manière générale selon Kümmel et al. (2016), plus modérés, l’entraînement de l’équilibre aurait des effets positifs significatifs sur les populations saines concernant les tâches entraînées et n’aurait cependant que peu ou pas d’effets sur les autres modalités, indépendamment des similarités entre les tâches. Ajoutant que la non-transférabilité serait liée à une spécificité élevée des adaptations neuronales induites par l’entraînement. Leur méta-analyse bien que limitée en nombre d’études publiées, pose la question de l’absence de ces effets significatifs dans une grande partie de la littérature et y répondent par deux points : primo, une seule étude a étudié précisément la question (Giboin et al., 2015) [ref]Giboin LS., Gruber M., Kramer A. Task-specificity of balance training. Hum Mov Sci., 44:22-31, 2015.[/ref]; deuxio, la grande diversité méthodologique des protocoles induisent des résultats variés ce que nous révélions plus haut. 

Et tout l’intérêt de définir avec exactitude, en dépit du manque de données scientifiques pertinentes, les mouvements et position(s) à améliorer au regard de la spécificité de la discipline (si tel est l’objectif visé), tout autant que la pertinence des exercices proposés comme des tests et protocoles d’études à venir. En vue de valider ou de réfuter le bien-fondé de l’utilisation des surfaces instables pour une population sportive, Zemková (2016) concluant sur le déficit de puissance constaté avec les surfaces instables, une variation des effets selon : le type d’exercice, le dispositif utilisé, le niveau d’entraînement du sujet, le nombre de séries et de répétitions, la récupération… etc.

Indéniablement, si on applique ce principe de spécificité, l’efficacité des exercices de renforcement exécutés avec des équipements instables sur l’équilibre, la proprioception et le « core stability » nécessaires à une performance sportive réussie n’ayant à ce jour, ni été clairement démontrée ni prouvée; la méthode optimale pour favoriser l’amélioration de l’équilibre, la proprioception et la stabilité vertébrale pour une discipline donnée reste de pratiquer la technique sur la même surface que celle rencontrée en compétition (Willardson, 2004) [ref]Willardson JM. The effectiveness of resistance exercises performed on unstable equipment. Strength Cond J., 26(5):70–4, 2004.[/ref]. La coordination intermusculaire ne pouvant être maximisée qu’au travers le pattern de mouvement cible (Schmidtbleicher, 2004) [ref]Schmidtbleicher D. Training for power events. In: Komi PV, editor. Strength and power in sport. Oxford: Blackwell, p. 381–95, 2004.[/ref]. L’ensemble des résultats confortant les preuves antérieures du peu de transfert d’un équilibre statique vers un équilibre dynamique (Cressey et al., 2007). Et toute la réflexion à avoir et qui concerne la place centrale et les diverses implications de la qualité (physique) de force dans la performance (figure 8), qui s’ajoute aux recommandations de prudence et au recul à avoir quant à l’utilisation des surfaces instables appliquée à la préparation physique et d’une manière plus générale, aux entraînements.

Strength Is Specific In Many Different Ways Chris Beardsley

Figure 8 – Strength is specific in many different ways : différentes implications de la force. (Source : Strength & Conditioning Research – Chris Beardsley)

 

La proprioception, on l’a vu, se manifeste par le contrôle et la régulation de la posture et du geste avec lesquels elle fait le lien. De ce fait, n’est-ce pas par la recherche de stabilité au cours d’une variété de mouvements spécifiques à l’activité et selon les différentes modalités caractéristiques pour la production de force (type de surface, déplacement, position articulaire, vitesse, accélération, charge, intensité…) que l’on entraîne la proprioception ? Ajouté à cela notre conception du contrôle postural selon laquelle l’Homme n’est jamais en équilibre stable (cf. partie Homéostasie posturale, segmentaire et proprioception). Pourquoi dès lors vouloir nécessairement ajouter un matériel d’instabilité, d’autant plus accentué avec des situations en appui unipodal ? Et tout ce que cela peut comporter en terme d’informations supplémentaires à traiter… ou à rejeter, par le SNC et le système proprioceptif. Ce dernier rappelons le, reste avant tout un système de précision, l’objectif pour l’organisation sensori-motrice étant de produire par tous les moyens un mouvement le plus économique possible. Et finalement de se dire que l’entraînement en instabilité communément appliqué, c’est un peu comme si au jeu de fléchettes vous lanciez un tas en espérant que l’une d’elles touche la cible. Ou pique quelqu’un.

Dès lors, quelles perspectives pour l’entraînement de la proprioception ?

 

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Aspects pratiques et perspectives : comment aborder la proprioception dans vos entraînements ? 

Ergen et al. (2008) [ref]Ergen E., Ulkar B. Proprioception and ankle injuries in soccer. Clin Sports Med., 27(1):195-217, 2008.[/ref] soulignent à propos de l’entraînement proprioceptif (vous trouverez la définition plus bas) dans la manière dont il est envisagé dans de nombreuses pratiques sportives, le football notamment : dans une stratégie de prévention des blessures à long terme (pour les entorses de chevilles et les lésions aux genoux qui restent – logiquement – les blessures musculo-articulaires les plus courantes), il est particulièrement présent au cours de la préparation en pré-saison et dans la formation des jeunes athlètes.

Pour autant, et sans surprise après tout ce que nous venons de développer bien que ce ne soit pas la seule explication il en convient, cela n’empêche ni la récurrence (figure 9), ni les récidives (Arnason et al., 2004) [ref]Arnason A., Sigurdsson SB., Gudmundsson A., Holme I., Engebretsen L., Bahr R. Risk factors for injuries in football. Am J Sports Med., 32:5S–16S, 2004.[/ref].

Et pour répondre à notre question introductive de la partie 1 : à l’image des joueurs du Real Madrid de notre photo principale et de la vidéo ci-dessous, des joueurs de l’équipe de France et encore du badiste français; vous l’aurez compris, ils effectuent des exercices d’équilibre (réponse 4) dont les effets sont extrêmement limités pour la prévention des blessures (prophylaxie) et insignifiants pour la proprioception et la performance globale durable (formulation chère à Benjamin Del Moral).

 

Premier League Saison 2016:2017 : Statistiques Des Blessures De Plus De 10 Jours

Figure 9 – Premier League : statistiques des blessures de plus de 10 jours (saison 2016/2017) (Source : Premier Injuries)

 

Le recrutement (temporel et spatial) pour ne pas dire l’activation musculaire ne sont autres que la finalité de procédés clairement avancés par un grand nombre de protagonistes : la reprogrammation motrice, posturale ou neuromusculaire (RNM). Mais sommes-nous réellement capables de reprogrammer le système nerveux ? Au vu de ses capacités d’adaptations, de la plasticité du cerveau et des avancées dans le domaine, il semblerait que oui… mais attention aux dérives.

Bien entendu, il existe des techniques comme celles que nous avons par exemple évoqué dans ce dossier, ou d’autres utilisées depuis quelques temps déjà comme le Kinesio taping (KT) dont l’utilisation s’est répandue à la suite d’une distribution massive lors des Jeux Olympiques de 2008 (Beijing), et pour lesquelles les effets sont également évalués dans la méta-analyse de Ghai et al. (2017) [ref]Ghai S., Driller M., Ghai I. Effects of joint stabilizers on proprioception and stability: A systematic review and meta-analysis. Phys Ther Sport., 25:65-75, 2017.[/ref]. Sans compter les conceptions plus ou moins récentes et de plus en plus nombreuses qui s’inspirent des courants de la posturologie et des neurosciences. Bien évidemment, elles ne sont pas données à tout le monde puisqu’elles exigent tout autant de connaissances précises sur les approches neuroanatomiques qu’une parfaite maîtrise des techniques pour lesquelles quelques heures de formation semblent parfaitement illusoires et mensongères pour remplacer des années d’études et de pratiques. (!) Quand ce n’est pas un titre, bien qu’éternel dilemme, il ne fait pas tout. Se former, être curieux et ouvert est une chose. Mais dans ce cas, et quand on a pas le recul nécessaire, il vaut mieux laisser faire les professionnels compétents (quand ils le sont), et arrêter de vouloir systématiquement se prendre pour des magiciens, des biomans ou tout autre super-héros à votre convenance, comme il y en a (et il y en aura toujours malheureusement). D’autant plus quand on joue avec le système nerveux, dont on ne peut maitriser toutes les réactions et avec lequel il convient de rester prudent et vigilant. La bourse ou la vie certains pourraient rétorquer, c’est bien ça le problème. Et toute l’importance de savoir bien s’entourer, d’être questionnant et pour nous professionnels, de collaborer efficacement ensemble sans se prendre pour d’autres.

Mais alors en perdant nos « supers pouvoirs », nous nous retrouvons totalement démunis ?

Dans la panacée des comics et des séries, souvenez vous de McGyver (désolé pour la référence). A tout problème, il trouvait toujours une solution. A nous de faire de même sans pour autant tomber dans le farfelu.

Suite aux différents aspects que nous venons de développer tout au long de ce dossier, voyons quelle pourrait être la manière d’appréhender au plus juste la proprioception dans nos prises en charge et nos entraînements. Pour ne pas employer le terme savamment répandu d’entraînement proprioceptif qui pourrait être défini comme « l’intervention qui cible l’amélioration de la fonction proprioceptive. Il se concentre sur l’utilisation de signaux somatosensoriels tels que des afférences proprioceptives ou tactiles en l’absence d’informations provenant d’autres modalités telles que la vision. Son but ultime est d’améliorer ou de restaurer la fonction sensori-motrice » (Aman et al., 2015). Pour autant, il paraît simpliste de considérer que l’absence d’informations ou le simple fait de fermer les yeux permettrait d’améliorer l’efficacité de ce type d’entraînement.

Voici donc la démarche que nous vous proposons et sur laquelle vous aurez tout loisir de réagir de manière constructive :

Avant d’en aborder les aspects relatifs à une rééducation ou réathlétisation, focalisons nous sur la manière de concevoir l’entraînement proprioceptif en préparation physique.

Partons du constat fait par Jerome Simian (2017) [ref]Simian J. Entraîneurs vs Préparateur physique – Principes généraux et application pratique. La revue de l’Association des Entraîneurs Français d’Athlétisme (AEFA), n°226:24-26, juin 2017.[/ref], préparateur physique en charge de plusieurs athlètes français, qui distinguait déjà dans la partie 1 la différence à faire entre position et posture : « Les meilleurs athlètes sont ceux qui maintiennent les meilleures positions soumis aux forces et aux vitesses les plus grandes, le plus longtemps possible si nécessaire ».

Dans cette optique, et en déduction de toutes les informations contenues dans ce dossier comme de la littérature scientifique utilisée, il s’avère que l’optimisation de la proprioception observe le même cheminement que la recherche du développement de la force, qualité centrale pour la performance. Puisque comme nous l’exprimions dans la précédente partie, en se rapportant aux propos d’Arnaud Ferec (2015) [ref]Ferec A. Proprioception, contrôle moteur et préparation physique. Site Xavier Barbier – Préparateur physique, 2015.[/ref], le contrôle musculaire est l’extension de la proprioception, essentielle à l’activité motrice. C’est surtout sur cet aspect que nous allons nous concentrer.

Notre champ d’action étant le système musculo-articulaire, cela paraît limpide, et plus précisément les fuseaux neuromusculaires (réflexe myotatique) qui jouent un rôle majeur dans la proprioception, le recrutement musculaire maintes fois exposé doit nous permettre, autrement que sur des surfaces instables qui n’ont dans ce cas aucun intérêt :

  • de réduire les latences proprioceptives,
  • d’optimiser les co-contractions agonistes-antagonistes en prévision des mouvements spécifiques réalisés à haute intensité.

Pour ce faire, outre l’amélioration de ce recrutement musculaire que l’on recherche, associée à la qualité contractile des muscles requise à une tâche quotidienne ou sportive dans des positions spécifiques, les paramètres de la proprioception pour le contrôle/la stabilité postural(e) et segmentaire, la mobilité et la motricité, et par ailleurs le bien-fondé de notre stratégie au travers desquelles nous devons être appliqués et minutieux :

  • la qualité des informations externes (exigences techniques, type de surface, feedbacks…) qui vont conditionner l’efficience des informations (internes) proprioceptives transmises par les récepteurs au SNC (notamment les FNM),
  • l’intensité (force, vitesse, amplitude, angulation, rythme…) de la ou des tâches réalisées. 

Puisque ne l’oublions pas la proprioception est un mécanisme de pro-action (mécanismes réactionnels), de pré-action (mécanismes anticipatoires) – d’où l’importance du contrôle de son corps – et de précision

Ainsi, « plus on place de tâches dans un exercice (technique, équilibre) et moins l’on produit de rendement musculaire. Donc plus l’exercice est complexe et moins il sollicite musculairement et spécifiquement. » (PRO-FTS™)

De la même manière comme le souligne Jerome Simian dans son approche des mécanismes de mise en tension-renvoi, dont la qualité s’illustre par la production optimale de force/vitesse, et qui dépend en partie du taux de développement de la force (RFD) : « il est illusoire de vouloir enseigner la technique d’un sport à vitesse réelle si l’athlète n’a pas la capacité physique d’adopter ces positions. L’athlète doit acquérir les compétences de base c’est-à-dire être capable d’arranger ses segments dans un certain nombre de positions fondamentales et communes à toutes les disciplines. L’étape suivante est de rendre l’athlète capable d’entrer dans ces positions très rapidement sans qu’elles ne se déforment sous l’action de forces importantes. Une gradation de forces est utilisée dans ce cas pour augmenter l’habileté de l’athlète à absorber de grandes forces. Ces forces sont nécessaires pour la restitution ultérieure. […] Enfin lorsque l’athlète assimile ces habiletés, vient le moment de la restitution des forces dans la partie productive, spectaculaire du mouvement […] Cette phase est caractérisée par des contraintes de temps de développement de forces minimum à la bonne performance […] » et « […] intimement liée à la réussite des précédentes. »

Sur ce dernier point vous remarquerez toute la pédagogie et la subtilité d’un entraîneur de haut niveau, au travers de laquelle il s’agit de déterminer le(s) bon(s) exercice(s) ainsi que la charge optimale (et non maximale : cf. relation force-vitesse et les travaux de Jean-Benoit Morin) qui permettra de produire la force nécessaire et suffisante à la réalisation d’une technique ou d’une gestuelle efficace, le plus rapidement possible avec le minimum de contraintes… le plus longtemps possible si nécessaire. Puisque c’est en cela que s’expriment la proprioception et son entraînement pour un sportif (de haut niveau).

En tous les cas, cela souligne une nouvelle fois la prépondérance des appuis (injustement laissés-pour-compte) dans le système postural (capteur podal), la proprioception, la performance et il va s’en dire, la gestion du risque de blessures. Vous me direz que cette manière d’entrevoir l’entraînement de la proprioception comme n’importe quelle qualité physique, en terme de progressivité et de spécificité paraît d’une logique implacable. Et finalement qu’il n’y a aucune raison d’en faire « tout un fromage ». Et pourtant, au vu de tout ce que l’on observe par le biais de vidéos diffusées sur les réseaux sociaux présentant des exercices toujours plus « fun » les uns que les autres, il semblerait que cela aussi ne coule pas de source pour tout le monde. Alors quid des surfaces instables… ?

NB : Vous pourrez toujours demander à Jerome si lui aussi, il a utilisé des surfaces instables pour permettre à Kévin Mayer de réaliser cet enchaînement fentes avec switch :

Après bien évidemment, que ce soit pour une préparation physique, une rééducation/réathlétisation d’un(e) jeune sportif/ve, d’un sportif blessé ou pour la petite dame du quartier, les exigences ne vont pas être les mêmes. Pour autant, une constatation essentielle concernant les latences proprioceptives prises en compte dans notre démarche et précisées par Barsi (2012) – comme elles ont pu être développées dans ce dossier – valable pour un grand nombre de cas mais souvent mises de côté : « Le temps de réaction des muscles est toujours supérieur au temps nécessaire à provoquer l’entorse, que cela soit au genou ou à la cheville. Le préréglage de la tension musculaire par la contraction anticipée protégeant l’articulation évite de se trouver en état de vulnérabilité. Dans ces conditions, la contraction musculaire doit être une attitude protectrice préventive de la situation créant une lésion et non pas un rattrapage du déséquilibre articulaire. L’efficacité de la rééducation proprioceptive passe par l’automatisation d’un comportement musculaire d’anticipation. » En d’autres termes, il faut (ré)apprendre à nos sportifs/patients à s’adapter à toute sorte de situations inédites, par la répétition de tâches et l’emploi de régime(s) de contractions adapté(s) réalisés à différentes intensités progressivement incrémentées, avec au préalable et en parallèle, si nécessaire, une « (ré)éducation » posturale.

Voyons notre champ d’action point par point :

  • A des fins de rééducation et surtout d’une réathlétisation en vue d’améliorer l’acuité proprioceptive et la réactivité articulaire chez un patient/sportif : ne vous cantonnez plus à de simples exercices « posturaux » réalisés de manière lente. Apportez y progressivement de la vitesse dans l’exécution des mouvements employés, les tâches devant être de plus en plus spécifiques et complexes à mesure que vous vous rapprochez de la phase ultime de la rééducation, ou du Return to Sport (RtS) si elle s’adresse à un(e) sportif/ve.
  • Pensez également à la Stimulation Vibratoire Transcutanée (SVT : si ça peut vous rappeler vos cours de biologie et de géologie) conçue par Jean-Pierre Roll, qui reste une technique peu utilisée bien que des études scientifiques en aient validé l’intérêt thérapeutique concernant notamment le retour à la compétition pour les sportifs. Procédé qui est au passage, utilisé dans le protocole d’étude de Kiers et al. (2012).
  • Puis, dans la continuité vers une préparation physique incluant une approche prophylactique, les activités proposées doivent se concentrer sur des changements soudains dans le positionnement articulaire qui nécessitent un contrôle réflexe neuromusculaire. Et se focaliser prioritairement sur les différentes phases de réception lors de la marche, de la course et des sauts, des phases particulièrement propices aux blessures des membres inférieurs (Kynsburg et al., 2006) [ref]Kynsburg A., Halasi T., Tállay A., Berkes I. Changes in joint position sense after conservatively treated chronic lateral ankle instability. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc., 14(12):1299-306, 2006.[/ref]. Ou encore des déplacements au sol, des changements de direction (CODs), des mouvements gymniques, des lancers et des réceptions avec des charges variées, à différentes vitesses et angulations; permettant d’imposer différents niveaux d’instabilité, et avec le temps, un effet d’entraînement qui permet à un athlète de mieux retrouver la stabilité dans les contextes athlétiques (Cressey et al., 2007). Tout l’intérêt, dans ce contexte, de proposer des exercices pliométriques, étape aussi essentielle que risquée si elle n’a pas été bien préparée. Ce qui, d’après les propos de Guy Ontanon, entraîneur d’athlétisme reconnu, est encore trop souvent le cas.

Préparation à l’entraînement proprioceptif

  • Ainsi avant toute chose, les premières questions à se poser sont : à quel public ou sportif s’adresse-t-on et quels sont ses objectifs ? Rééducation-réathlétisation ou préparation physique ?
  • Ensuite, comme avant toute intervention et je ne vous apprends rien en disant cela, il est primordial de questionner, d’observer et d’évaluer (dans la mesure du possible) votre patient/athlète afin de déterminer son profil, ses points forts, ses points faibles (son facteur limitant pour faire plaisir à Jerome), son ressenti : tout autant sa posture globale et segmentaire en statique et par dessus tout en dynamique lors de la réalisation de mouvements de base ou des mouvements spécifiques sur surfaces stables. Puisqu’aborder la proprioception, c’est d’abord considérer l’intégrité de l’ensemble des structures musculo-articulaires par la posture, la position et la motricité au travers desquelles elle s’exprime.
    Dans ce cadre, un bilan ostéopathique/posturologique et la détermination du profil musculaire semblent incontournables. Adressez-vous aux professionnels compétents si nécessaire (médecins, kinésithérapeutes, ostéopathes…).
  • Matériels et procédés d’évaluation (liste non-exhaustive) : plateforme de stabilométrie, testing musculaire manuel, isocinétisme, slope-box test, Beast sensor, Gymaware, tensiomyographie (détermination du profil musculaire)… etc.
  • En terme d’analyse ou de diagnostic, Arnaud Ferec « propose d’évaluer la proprioception par la capacité à produire de la force musculaire en course interne (figure 10) ou au plus proche afin de se focaliser sur l’action des fuseaux neuromusculaires qui vont produire des informations. En effet, l’application d’une force en course interne ou à proximité va avoir pour effet d’étirer les fibres musculaires et donc de stimuler les fuseaux neuromusculaires. »

Course Musculaire Interne Moyenne Externe

Figure 10 – Exemple de courses musculaires

  • À partir de là, les choix vont se porter sur les modalités de contraction musculaire à employer et surtout sur la manière de les agencer pour parvenir à optimiser le recrutement musculaire des zones cibles dont l’activation est primordiale pour la proprioception. Mais également pour l’efficience des cocontractions agoniste(s)-antagoniste(s) essentielles à la réalisation et à la régulation du/des mouvement(s) souhaité(s). Qui dit mouvement dit nécessairement production de force (au sol particulièrement) qualité centrale pour la performance… et pour la proprioception. Mais n’oublions pas que « sans maitrise, la puissance n’est rien » et toute l’importance encore une fois, du contrôle que l’on doit avoir. Puisqu’il est fondamental de produire du mouvement tout en réduisant la quantité de perturbations et de contraintes préjudiciables à la performance et pouvant être des facteurs de blessures. Là encore, il convient de respecter une progressivité tout autant valable pour une rééducation/réathlétisation qu’une préparation physique.
  • En vue justement d’une recherche d’activation ou de recrutement musculaire, en veillant à minimiser les compensations néfastes et outrepasser les restrictions précisées dans ce dossier, et sans contraindre les structures physiologiques comme cela peut être le cas lors de mouvements « forcés », l’isométrie reste une méthode avantageuse pour ne pas dire incontournable avant chaque séance, ou au cours d’une ou plusieurs sessions selon les besoins. « La méthode d’entraînement la plus méconnue » pour reprendre le titre de l’article de Christian Thibaudeau vers lequel je vous renvoie, qui peut parfaitement précéder les sollicitations concentriques en course interne (citées plus haut) afin de cibler plus précisément l’action des FNM.
  • Avant de poursuivre vers des modalités excentriques qui restent essentielles pour préparer les structures musculo-articulaires aux contraintes plus extrêmes notamment rencontrées à l’entraînement (situations pliométriques par exemple, que nous abordions plus haut) mais aussi et surtout, en compétition. Ce que me confirmais encore récemment, de par ses observations de terrain, un médecin affilié à la Fédération Française d’Athlétisme (FFA).

Quelques recommandations et exemples de situations : 

  • L’approche progressive et durable (> 6 semaines ?) d’une combinaison de mouvements passifs et actifs avec et sans feedback(s) visuel(s) resterait la plus bénéfique pour une rééducation d’une large population clinique souffrant d’un déficit proprioceptif de nature neurologique ou musculo-squelettique (Aman et al., 2015). Elle est selon Lephart et al. (1997) [ref]Lephart SM., Pincivero DM., Giraldo JL., Fu FH. The role of proprioception in the management and rehabilitation of athletic injuries. Am J Sports Med., 25(1):130-7, 1997.[/ref] considérée comme la première des quatre étapes (objectifs) de la restauration progressive proprioceptive et du contrôle neuromusculaire chez un athlète, suite à une blessure (afin de récupérer et de retrouver) : 1) le sens de la position articulaire, 2) la stabilisation dynamique de l’articulation en stimulant la coactivation musculaire par utilisation de charges instables, 3) la réactivation du contrôle neuromusculaire par l’intermédiaire d’exercices pliométriques, 4) les activités/tâches fonctionnelles spécifiques. La priorité étant d’encourager la décharge maximale des afférences au niveau du SNC afin de stimuler les récepteurs musculo-articulaires et d’intégrer les trois niveaux de contrôle moteur dans les activités visant aux remédiations et à l’amélioration de la proprioception (Ergen et Ulkar, 2008).
  • L’utilisation des charges instables, citées dans l’étape 2 du protocole de Lephart et al. et étudiées par Lawrence et Carlson (2015) (photo 7) pourrait être une nouvelle piste de travail : « l’aspect spécifique, cumulé à une baisse de la charge externe en kilogrammes et à une augmentation de la concentration pourraient en faire un outil particulièrement pertinent lors des périodes d’approche compétitives, et compléterait avantageusement le travail de puissance pour un transfert optimal » (Broussal-Derval et Delacourt, 2015). A discuter.  

Exemple De Charges Instables Poids Suspendus Par Des Bandes élastiques (Lawrence Et Carslon, 2015)

Photo 7 – Exemple de charges Instables. Poids suspendus par des bandes élastiques. (Lawrence Et Carslon, 2015)

  • Le développement de la fonction motrice au niveau du tronc cérébral, peut être obtenu en effectuant des exercices sollicitant la posture et l’équilibre. Dans un contexte plus « sport-specific » pour aborder l’instabilité, songez aux exercices unilatéraux et/ou en appui unipodal sur surfaces stables (Cressey et al., 2007). La finalité étant de chercher à améliorer la réactivité musculaire et motrice et la diminution des temps de réaction par la répétitions de situations variées, pouvant permettre au cortex cérébral de déterminer le modèle moteur le plus efficient et de diminuer potentiellement le temps de réponse réflexe pour corriger une perturbation, qui reste une des problématiques non résolues dans la genèse des blessures au cours de la pratique des sports à haute intensité.
  • De là, et pour être au plus proches des contraintes rencontrées dans la pratique compétitive, imposer un temps imparti à la réalisation d’une tâche donnée peut forcer l’athlète à générer consciemment la co-activation musculaire et aboutir à ce que Bas Van Hooren définit comme le « preflex control » (figure 4 : cf. partie Coactivation musculaire, réflexes et proprioception)
  • Concernant la durée et la fréquence optimales pour les entraînements proprioceptifs, elle semblerait être de 6 semaines sans pour autant être confirmée puisque des effets ont pu être décelés après 45 minutes d’une séance unique. Vous trouverez dans l’encadré ci-après les recommandations de Ergen et Ulkar. En définitive sur ce dernier point, si vous souhaitez apporter une plue-value dans votre manière d’aborder la proprioception, gardez à l’esprit que comme elle qui requiert des informations précises, elle doit être entraînée avec PRÉ-CI-SION.
  • Des situations proprioceptives sont plus adaptées à certaines classes d’âge qu’à d’autre. En conséquence, adaptez la planification à long terme (Broussal-Derval et Delacourt, 2015).
  • Nous en parlions dans la présentation de notre démarche : l’art du coaching et toute l’importance des exercices choisis mais surtout des consignes et des explications que vous transmettez à votre athlète pour améliorer son apprentissage, favoriser son ressenti et maximiser la conscience de son corps. La fameuse connexion du corps et de l’esprit, en un simple terme : la pédagogie. A ne négliger aucunement, et peut-être ce qu’il y a de plus important à retenir. Puisqu’elle est selon Simian, « la formation de l’intention de l’action prochaine ».
  • Et un précepte au développement de l’attention et de la vigilance de l’athlète dans sa capacité à sélectionner et à traiter les informations pertinentes de manière efficiente : un axe fondamental à approfondir continuellement…
  • Tout cela dans l’intérêt majeur de nos patients/athlètes et la formation des sportifs de demain. Paris 2024 (entre autre) n’est finalement pas si loin.

Recommandations pour l’entraînement proprioceptif (selon Ergen et Ulkar, 2008) :

  • Nombre d’exercices : 2-5
  • Nombre de répétitions : 10-15
  • Nombre de séries : 1-3
  • Durée totale de l’entraînement : prévention <5-15 minutes> rééducation/réathlétisation 
  • Fréquence hebdomadaire : 3-5

 

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Vous serez certainement nombreux à constater que cet article est à contre-courant des croyances actuelles sur la proprioception et l’utilisation des surfaces instables. Et vous pourrez ne pas être en accord avec ce qui est écrit et avancé, malgré les nombreuses justifications et références sur lesquelles nous nous sommes appuyés. En toute franchise, c’est le jeu. Pour autant, les idées sont fondées et tout professionnel qui se considère comme tel ne doit passer outre. La créativité est une chose, mais il y a des limites. Comme à mon habitude, j’aime pousser à la réflexion et à l’échange, ce qui pour certains, limités sur ces deux aspects semble-t-il, s’apparente à de la « branlette intellectuelle ». Au final, l’idée n’est pas tant de savoir dans quelle catégorie l’on se classe : pro ou anti-instabilité; mais bien de savoir pourquoi on l’utilise et si tel est le cas comment on l’applique. Bien entendu, dans un principe de rééducation, réathlétisation et de variabilité des contenus proposés, surtout pour une population « générale » ou de sportifs occasionnels ayant des objectifs de santé plus que de performance; ou pour envisager une discipline où l’instabilité est inhérente à sa pratique, les différents « joujous » comme parfois on les nomme, peuvent avoir leur intérêt. Dans d’autres circonstances nettement moins, voire aucun pour les avis plus tranchés. Au final, suivre une tendance est une chose. La comprendre en est une autre. Pour les sceptiques qui ont à charge des sportifs ayant des objectifs de performance, je leurs dédie ces mots : si vous voulez continuer d’imaginer que le simple fait d’effectuer des exercices sur des surfaces instables va permettre à vos athlètes d’améliorer leur équilibre global, leur performance sportive et contribuer à une réduction du risque de blessures. Et par dessus tout à faire de la proprioception, c’est votre choix. « Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis », dit-on. Ce n’est que le mien, comme dirait un certain Stéphane Morin. Mais à force de prendre vos sportifs pour des « clowns de cirque » afin de rester dans la tendance, conforter votre ignorance ou amuser la galerie en quête de petits pouces bleus, ne vous étonnez pas si un jour on vous propose à dîner un mercredi soir. Pour les amateurs, on apportera le « fromage » et rassurez-vous, également le dessert… Et nous remettrons le couvert si nécessaire.

 

Olivier Allain

 

N’hésitez pas à réagir et à discuter de cet article en laissant un commentaire.


Références

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Internet

Bas Van Hooren (LinkedIn) : Balance training: A waste of time?

Chaîne YouTube Académie de la Cheville : Equilibration sur surface instable et proprioception de cheville : une relation pas si claire

PainScience (Paul Ingraham) : Proprioception, the True Sixth Sense

SimpliFaster Blog (Bob Alejo) : Nailing the Coffin Shut on Instability Training Ideas

Site Xavier Barbier – Préparateur physique : La vérité à propos de l’entraînement sur surfaces instables

Site Xavier Barbier – Préparateur physique (Arnaud Ferec) : Proprioception, contrôle moteur et préparation physique

Strength & Conditioning Research (Chris Beardsley) : Why are strength gains stability-specific? (strength is specific)

Strength Sensei (Charles Poliquin) : L’entraînement proprioceptif, oui ou non ?

Thibarmy (Christian Thibaudeau) : Isometrics: the most underrated training tool


Copyright © – L’ensemble des publications relève de la législation française sur le droit d’auteur et la propriété intellectuelle. Tout partage d’idées ou de contenus d’un article doit obligatoirement être accompagné d’un lien nominatif vers celui-ci. Toute copie partielle ou intégrale sous quelque forme que ce soit (site internet, forum, séminaire, formation, format papier …) ne peut-être autorisée que suite à un accord préalable écrit de Olivier Allain – 




Il était une fois… la proprioception (partie 1)

La proprioception, terme largement répandu dans les milieux médical et sportif, paraît pour beaucoup être une évidence. Pourtant face à la multitude d’explications pour tenter de la définir, et paradoxalement, de méthodes assez similaires pour l’entraîner, il semble y avoir anguille sous roche. Effectivement si on creuse, on constate que peu de kinésithérapeutes, praticiens, entraîneurs, coachs, préparateurs physiques… savent précisément la définir et de là, la prendre en charge ou l’entraîner comme elle devrait. Pour Alain Berthoz, ingénieur et neurophysiologiste français, membre de l’Académie des sciences, elle reste un « sens très mal connu […] très à la mode, et très commode… pour dissimuler notre ignorance ».

Vous souhaitez en savoir plus ?

Retrouvez l’intégralité de cette première partie consacrée à la définition et aux aspects théoriques de la proprioception : cliquez ici.

Il était Une Fois... La Proprioception Balance Real Madrid Football

 

Une nouvelle collaboration signée Sci-Sport.

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Mal de dos et Lombalgies : Récit et conseils d’une patiente devenue experte

Pour faire suite à mon dossier sur le mal de dos et les lombalgies, il ne pouvait pas mieux tomber que cette rencontre avec Sylvie Bouchard, patiente-experte lombalgique chronique au Centre Médico-Chirurgical de Réadaptation (CMCR) des Massues à Lyon, qui m’a sollicité. Vous me demanderez certainement qu’est-ce qu’un patient-expert ? Lisez, vous allez comprendre au travers ce moment d’échanges que j’ai souhaité partager avec vous. Un parcours hors normes d’une lombalgique chronique devenue une passionnée. Un exemple de courage et de détermination d’une femme « porteuse d’espoir » pour toutes celles et ceux qui comme elle souffrent du dos. Avec un seul mot d’ordre : BOUGER ! Et là, c’est pas moi qui le dit.
Récit.

 

Quelques précisions avant de débuter :

Cet article se veut être un retour fidèle du parcours vécu par Sylvie Bouchard et de son témoignage : du ressentiment qu’elle a de la prise en charge des lombalgies chroniques tout autant que de la manière d’appréhender ses pathologies. Et cela au travers son expérience personnelle comme de l’ensemble des personnes atteintes qu’elle côtoie au quotidien.
Encore une fois, il ne s’agit pas ici de polémiquer, mais bien de faire, par son biais, un constat des manques et des pratiques inopérantes actuelles malheureusement trop fréquentes.
Pour les professions qui pourraient se sentir offensées, la réponse serait de leurs demander pourquoi ? Si la justification concerne le tort qui pourrait être causé à leur image ou à leur affaire/business, chacun(e) est assez intelligent pour comprendre qu’il ne s’agit en aucun cas de faire de généralités. Outre mesure, cela n’est-il pas la preuve que l’on peut avoir des choses à se reprocher ? Et donc à améliorer ou à concevoir différemment ? La récurrence de ces pathologies ne pouvant que le justifier. 
Vous conviendrez qu’il ne s’agit pas non plus de faire « la promotion » des coachs APA ou des préparateurs physiques comme j’ai récemment pu le lire en commentaires suite à la diffusion sur ma page Facebook d’un court reportage de M6 révélateur de l’incompréhension et des dérives autour du mal de dos. Nous sommes dans le même bateau jusqu’à preuve du contraire.
Mais bien de prôner comme Sylvie, les approches pluridisciplinaires, la remise en question générale et permanente et l’ouverture d’esprit. Pour le bien de tous et particulièrement pour celui des patients/sportifs que vous pourriez être et dont nous nous occupons. Et c’est bien là le plus important. Question d’éthique et de déontologie.

 

Sylvie Bouchard Patiente Experte Lombalgique Chronique CMCR Les Massues

 

« Tu verrais le nombre de personnes opérées ou non opérées qui me contactent, et qui sont totalement démunies. »

 

 

Le mal de dos, un handicap invisible et incompris 

Sylvie dresse un constat sur l’environnement socio-professionnel et socio-familial des lombalgiques chroniques.

« Une personne atteinte d’une pathologie chronique doit gérer au quotidien sa maladie. Elle ne vit pas comme tout le monde. Certaines maladies sont dites invisibles comme la lombalgie chronique par exemple. Car les maux de dos ne se voient pas. C’est très difficile pour la plupart des patients car tu es incompris dans ton milieu professionnel. D’où la difficulté d’avoir un aménagement de poste lorsque tu es atteint(e) de lombalgie chronique. Tu tombes dans la chronicité au bout de trois mois de lombalgie. Et je ne parle même pas des atteintes dans ta vie personnelle. Tu verrais le nombre de personnes opérées ou non opérées qui me contactent, et qui sont totalement démunies. »

Avant d’aller plus loin, faisons un petit flashback sur son parcours.

 

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Sylvie, une lombalgique parmi tant d’autres. Enfin presque…

Lombalgique chronique depuis 1993, à l’époque âgée de 25 ans, Sylvie a subit depuis cinq interventions chirurgicales sur son rachis lombaire qui n’ont pas été une franche réussite. Chacune étant réalisée pour rattraper la précédente. La faute à pas de chance apparemment. Elle conserve toutefois des séquelles au niveau L3-L4 (hernie discale) et L4-L5 (pseudarthrose). Après une longue période de vingt années de souffrance, Sylvie subit une nouvelle aggravation en février 2010. Elle reste allongée 9 mois. Aidée par son mental et son passé d’ancienne sportive, et faute d’une prise en charge adéquate malgré plusieurs tentatives, elle décide de réagir, seule, en piscine.

« On avait tout essayé, tous les médicaments, il n’y avait plus rien qui me soulageait. Seule l’immobilisation avec le corset m’aidait. Mais l’inactivité prolongée a abouti à une fonte musculaire remarquable. Ce qui a considérablement aggravé mon cas. Tu as de plus en plus mal et du coup tu rentres dans un cercle vicieux. J’ai mal donc je ne bouge plus. À un moment donné, je n’avais plus de solutions, je n’avais plus rien. Donc je me suis renseignée et j’ai trouvé une structure privée possédant un bassin aquatique qui a bien voulu m’accueillir. Dans un premier temps, j’ai commencé par rester dans l’eau chaude utilisant des jets d’hydro-massages cinq heures par jour pendant cinq mois. Ce qui m’a permis d’arriver à juguler les contractures musculaires car finalement, il n’y avait que cela qui me gênait. J’ai compris que ces contractures réflexes résultaient des séquelles de la chirurgie. » 

 

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Son expérience avec la chirurgie 

Vous l’aurez compris, Sylvie ne garde pas un bon souvenir des différentes interventions chirurgicales qu’elle a subi. 

« De ma propre expérience : catastrophiques les opérations du dos que j’ai subi. C’est vraiment très très douloureux. À l’époque les prises de greffons étaient sur les crêtes iliaques, j’en ai un très mauvais souvenir. Après l’opération si tout va bien tant mieux. En revanche si tout va mal comme cela a été le cas pour moi c’est très difficile. Puisqu’une fois l’opération terminée, le chirurgien ne remet pas souvent en cause son intervention. Dès lors, il y a une perte de confiance entre le chirurgien et le patient et la relation se dégrade. J’étais jeune lors de la première chirurgie, j’avais 25 ans. Le chirurgien m’avait promis un retour à la normal trois mois après l’intervention. Les trois mois se sont transformés en vingt ans de galère. Et le chirurgien impuissant t’oriente. J’ai donc souvent été orientée chez le psychiatre après les interventions car à priori cela provenait d’un déséquilibre psychologique chez moi plutôt que de l’opération. Alors que les séquelles elles sont bien là : absence de prise de greffe au niveau de la quatrième et la cinquième vertèbre lombaire et à l’étage au dessus une récidive d’hernie discale. Il y a donc quand même matière à faire mal. J’ai consulté en vingt ans beaucoup de médecins de diverses spécialités, et très souvent, je repartais avec une ordonnance de médicaments. »

NB : L’on précisera que bien que les méthodes aient évolué depuis, la propension qu’ont les chirurgiens à vouloir opérer à tour de bras pose question. Sans parler des anti-inflammatoires et surtout des infiltrations trop souvent utilisés en premier recours. Solution de facilité pour du traitement de masse, pas toujours en accord avec une vision globale et une prise en charge approfondie au cas par cas. Bref il est conseillé de bien peser le « pour » et le « contre » avant tout traitement, opération chirurgicale comme avant tout acte invasif. Et ne pas hésiter à consulter plusieurs avis. La gestion de la douleur ? Nous y venons. 

 

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Réentraînement à l’effort et règle de la non-douleur 

C’est donc dans la douleur (dans tous les sens du terme) que Sylvie a entrepris seule en piscine son réentraînement à l’effort.

« Le souci c’est qu’avec la règle de la non-douleur, les approches des praticiens sont trop souvent frileuses pour ne pas dire obsolètes. Tu es obligé(e) de travailler dans la douleur jusqu’à une certaine limite bien entendu, si tu souhaites que ce que tu proposes permette des améliorations. Seulement cela demande du temps, de la subtilité, de l’expertise, du tact ainsi qu’une relation de confiance entre le praticien et son patient. Et ces qualités ne courent pas tous les coins de rue il va s’en dire. Et je parle pas de toute cette médicamentation à outrance pour t’éviter d’avoir mal et qui est problématique en terme de ressenti [problématique de la rééducation/du réentraînement] quand dans le pire des cas tu es tellement « shooté(e) » que tu n’es même plus capable de faire quoi que ce soit. On est à côté de la plaque. De fin 2010 à fin 2013, j’ai entrepris ma rééducation seule en piscine au travers de la douleur. J’ai eu un mental d’acier pour nager trois ans avec des douleurs insoutenables. J’ai été très soutenue moralement par le médecin de médecine physique et réadaptation qui me suivait. Elle avait remarqué que j’avais un mental hors du commun. Bien sûr pour tenir le coup j’ai utilisé ma boite à outils, éléctrothérapie (TENS), ceinture chauffante, médicaments avec parcimonie etc… »

 

 

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Vers le bout du tunnel

Non sans mal et à la surprise générale, Sylvie parvient à enrayer les signes douloureux.

« J’ai retrouvé des capacités fonctionnelles inattendues. Aujourd’hui je nage trois kilomètres par jour sans douleurs ! Devant ce parcours atypique, le médecin qui me suit au CMCR des Massues me demande de devenir patient-expert et d’intégrer son équipe pluridisciplinaire. J’ai accepté. Moi ce que je désirais, c’était de  partager mon expérience car j’en ai tellement bavé, je souhaitais éviter ça à d’autres personnes. De là, en 2012-2013 j’ai effectué ma formation d’un an à la Faculté de Médecine Pierre et Marie Curie à Paris pour obtenir mon DU [ndlr : DU Education thérapeutique et accompagnement dans les maladies chroniques] en juin 2013. J’ai ainsi débuté mon expérience de patient-expert en mai 2013 aux Massues par la mise en place d’un atelier balnéothérapie pour que ce soit vraiment parlant. Je souhaitais que les patients voient ce que j’ai récupéré, comment je suis physiquement, qu’ils me voient faire des exercices que j’étais jusque là incapable de faire afin que cela soit porteur d’espoir. Voilà le message que j’ai souhaité et que je souhaite faire passer. Et ça marche. »

 

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Son rôle dans l’éducation thérapeutique du patient (ETP)

N’ayant jamais pu reprendre le travail, elle a pu réintégrer le monde professionnel grâce à ce statut de patient-expert. Un rôle qui lui tient tant à coeur et qu’elle nous présente : 

« Le patient-expert est avant tout un malade chronique. Il a acquis dans le temps des connaissances sur sa pathologie et des compétences d’auto-soins et d’adaptation. Le patient-expert partage ses connaissances et ses compétences avec ses pairs. Je ne sais pas si tu as déjà entendu parler d’éducation thérapeutique du patient : c’est une nouvelle prise charge en médecine. Grâce à ces programmes d’éducation thérapeutique le patient devient acteur de sa santé. Le patient-expert formé à l’éducation thérapeutique intervient uniquement sur ces programmes qui sont validés par l’ARS (Agence Régionale de Santé). Je suis rattachée à une équipe pluridisciplinaire en hôpital de jour en tant que patiente-experte, ce qui me permets de partager mon expérience. Pour le moment, cela est un statut et non un métier, donc je dois obligatoirement être rattachée à une association en tant que bénévole, pour ma part à la Croix-Rouge Française. Ma vocation est ainsi de partager mon expérience et redonner l’espoir aux personnes lombalgiques chroniques. Mon souci étant d’améliorer leurs capacités fonctionnelles et de réduire leurs douleurs. Très souvent découragées, ces personnes ont perdu confiance en la médecine. Mon aide est essentielle. Un médecin derrière son bureau qui enjoint à un patient qui a constamment mal au dos de se remettre à l’activité physique au travers de la douleur n’est pas compris. En revanche, un patient-expert qui pratique des exercices dans l’eau avec les personnes lombalgiques est encourageant car crédible : le résultat de la rééducation est sous leurs yeux. »

 

Sylvie Bouchard Durant Un Atelier D'éducation Thérapeutique Pour Lombalgiques

Sylvie Bouchard durant un atelier d’éducation thérapeutique pour lombalgiques chroniques (Source : Sylvie Bouchard)

 

NB : D’une manière générale, la vocation du patient-expert est d’aller plus loin dans l’analyse de son expérience de malade chronique, de formaliser ses apprentissages et d’en faire bénéficier la collectivité. Or ce statut de patient-expert n’est pas toujours bien perçu par certains professionnels de santé les considérant plutôt comme une charge supplémentaire ou un problème à traiter. Difficile effectivement de se faire sa place dans un système jugé corporatiste et conservateur où chacun pense avant tout à ses propres intérêts. Préférant entretenir une forme de subordination plutôt que d’estimer l’échange, dont le système de santé et les professionnels concernés plus généralement auraient pourtant tant besoin.

 

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Une histoire de défis

VTTiste et passionnée des sports de glisse avant sa première opération du dos, Sylvie a même finalement pu reprendre le vélo. Précisément le tricycle couché car elle ne supporte plus la position assise.

« Et depuis juillet 2016, je roule sur mon tricycle couché. Je ne pensais jamais pouvoir refaire du vélo alors que c’était ma passion. Je faisais du VTT. Je ne pensais jamais remonter sur un vélo un jour. Donc ça c’est pareil, c’est un deuxième défi : crise d’arthrose du genou. Je ne pouvais plus marcher. J’ai consulté différents spécialistes, plusieurs traitements ont été administrés sans grands résultats. C’est pourquoi j’ai décidé de remuscler mes jambes en faisant du vélo.

Résultat : j’ai plus mal au genou et j’ai même récupéré la mobilité complète. » 

Forte de toutes ces épreuves qu’elle a su remporter (assez rare pour être souligné) et comme elle le dit elle-même « il n’y en a pas beaucoup des comme moi », Sylvie souhaite faire entendre sa voix notamment concernant les attentes des lombalgiques.

 

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Structures de rééducation et équipes pluridisciplinaires insuffisantes

Selon Sylvie, les lombalgiques ont besoin de plus de structures de rééducation proposant des prises en charge pluridisciplinaires.

« À notre exemple sur le programme d’éducation thérapeutique aux Massues, on a besoin de ce type de prise en charge pluridisciplinaire. On a besoin de travailler en équipe notamment en médecine physique et réadaptation. Le souci c’est qu’il y a trop de temps d’attente pour la prise en charge des patients. Car il n’y a pas assez de structures proposant ce type de prestations. Il manque réellement d’équipes pluridisciplinaires dans les centres de rééducation. Nous par exemple dans notre programme d »éducation thérapeutique pour lombalgiques il y a une équipe composée : de médecins Médecine Physique et Réadaptation, d’une infirmière, d’un ergothérapeute (pour tout ce qui est gestuelle et posture au quotidien), d’une kinésithérapeute, d’une psychologue, d’un chargé de réinsertion professionnelle (c’est une grosse problématique), d’un éducateur APA, d’une assistante sociale, et d’une patiente-experte… Les prises en charge sont de un mois en hospitalisation de jour. Et on ne prend pas seulement en compte le mal de dos mais également toutes ses conséquences. »

 

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Ses conseils pour vous

« Mes conseils globalement lorsqu’on a un problème de dos :

  • Soignez votre hygiène de vie au quotidien : chez moi par exemple en plus de l’activité physique régulière que je pratique, je m’occupe moi-même des tâches ménagères. J’ai personne et je ne me fais pas mal car j’ai appris les bonnes attitudes.
  • (Ré)aménagez vos espaces pour répondre aux problématiques de lombalgie : j’ai adapté mon poste de travail et je ne travaille pas assise. Car c’est pareil, j’ai développé des contractures au niveau des trapèzes à force de travailler le nez devant l’écran. Ce que j’ai fait j’ai acheté des supports adaptés pour chaque pièce.
  • Éduquez-vous pour acquérir une posture adaptée et contrôlée : si durant une journée je me tiens mal tu peux être sur que le lendemain mon dos me le rappelle. Et tu vois toute l’importance de bien se tenir et [sur la question de la posturologie] l’idée que des professionnels puissent nous aider là dessus me semble une excellente idée. 
  • Acquérez ou réapprenez les bonnes gestuelles : les gestes mal exécutés et répétés, les faux mouvements sont préjudiciables pour le dos. Encore plus pour les lombalgiques. Au quotidien il est essentiel de le soulager : utiliser ses jambes et non son dos pour ramasser un objet au sol ou nettoyer une table basse; se mettre à genoux pour passer l’aspirateur sous un meuble; cuisiner sur un plan de travail surélevé avec une cuve pas trop profonde…
  • Ne pas solliciter son dos outre-mesure : se mettre à genou devant le lave-vaisselle ou prendre une chaise; pour entrer dans une voiture il faut ouvrir en grand la portière et s’assoir en mettant les deux pieds au sol en dehors du véhicule puis tourner d’un quart de tour face au volant; éviter la station assise prolongée; travailler en position allongée et avec un ordinateur surélevé tant que vous le pouvez…
  • Ne cessez jamais de pratiquez une activité physique : sinon mettez-vous y. Et pour les lombalgiques chroniques, je préconise la marche sans restriction, le tricycle couché (en cas d’impossibilité de maintenir la position assise) ou les exercices en balnéothérapie. Le milieu aquatique est un excellent moyen de réapprendre à bouger sans trop de risque de se faire mal. Et tous les bienfaits de la natation en réentraînement comme en prévention. D’ailleurs pour nager efficacement et vu que je ne peux plus flotter, j’utilise un short en néoprène de natation fait sur mesure qui me permet d’obtenir une meilleure flottaison.
  • Ayez toujours à portée de main une ceinture lombaire chauffante : cela peut s’avérer très utile pour prévenir les contractures musculaires au niveau des vertèbres lombaires, responsables de la grande majorité des douleurs ressenties par les lombalgiques chroniques.
  • Pensez à l’électrostimulation (électrothérapie) : elle peut également aider à lutter contre les douleurs lombaires. Et notamment les programmes TENS [ndlr. « Transcutaneous Electrical Nerve Stimulation »] dénommés neurostimulation électrique transcutanée. Son principe repose sur le fait que des nerfs qui subissent un courant électrique ne peuvent plus transmettre les signaux de la douleur au cerveau. Cette technique est désormais remboursée pour la prise en charge de la douleur.
  • Étirez-vous régulièrement : pour libérer les tensions musculaires. 
  • Limitez le stress : car c’est un facteur aggravant. »

« Avec un handicap pareil, il faut savoir adapter et s’adapter. C’est fondamental. »

 

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Un exemple à suivre 

Ce témoignage soulève de nombreux dysfonctionnements et confirme le désordre actuel autour du mal de dos et des lombalgies. Et Sylvie est la preuve concrète que même dans cet environnement, tout est possible. Bien entendu, elle fait partie des cas très rares à être parvenue à surmonter son handicap quand son médecin n’y croyait plus. Cependant elle prouve qu’il existe bel et bien des solutions pour que la lombalgie ne soit pas/plus une fatalité. Elle est également la preuve que tout est une question de volonté, aussi bien pour les personnes atteintes qui souhaitent s’en sortir que les praticiens et les professionnels désireux d’enrayer le « mal du siècle ». Telle une équipe, c’est bien tous ensemble que nous y parviendrons. Et Sylvie en parfait exemple à suivre, nous a montré la voie (cf. la vidéo du reportage qui lui est consacré, diffusé sur France 2 lors du Journal de 20h du 23/03/2018).

Pour plus d’informations ou questions, n’hésitez pas à la contacter et à visiter son site internet.

 

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Pour finir je tenais à remercier Jerome, un lecteur lui-même atteint de lombalgie chronique qui m’a contacté et qui a côtoyé Sylvie aux Massues. C’est grâce à lui que cette rencontre a eu lieu. Donc un grand MERCI à toi.

Olivier Allain

 

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Mal de dos et Lombalgies : Action et vérités

La récurrence du mal de dos et des lombalgies perdure dans un contexte environnemental mêlant sédentarisme et excessivité. Ce mal du siècle qui affecte toutes les catégories de la population, continue d’alimenter les rubriques et les conseils sport et santé. La multitude d’informations souvent simplistes et peu fiables qui circulent n’aidant pas à s’y retrouver. Face à la complexité de ces pathologies, les acteurs mêmes qui sont en première ligne (médecins, rhumatologues, kinésithérapeutes, coachs…) se retrouvent totalement démunis et rares sont ceux qui sont capables de proposer encore aujourd’hui, des solutions réelles et efficientes. Devant ce grand chambardement, et sans prétention aucune, nous avons décidé en collaboration avec Sci-Sport de nous pencher sur le sujet.

Un dossier que vous pouvez retrouver en intégralité en cliquant ici.

 

Le Mal De Dos Sci Sport Olivier Allain

Les Lombalgies Sci Sport Olivier Allain

 


Quelques mois après la publication de cet article, et dans le cadre des missions de l’Assurance Maladie, les branches maladie et risques professionnels ont lancé en novembre 2017, une campagne nationale d’information sur la lombalgie et sa prévention : Mal de dos ? Le bon traitement, c’est le mouvement. Espérons que cela fasse évoluer les mentalités et bouger les choses dans le bon sens.

 

Olivier Allain

 

La parole est à vous...

Olivier Pauly, entraîneur de haut niveau en athlétisme, préparateur physique, enseignant, auteur

Olivier Pauly Et Son Athlète Anouk Forafo

« Bravo Olivier pour cet article dans lequel les nombreuses données théoriques apportent un éclairage très intéressant. » 

 

Cyrille Gindre Volodalen

Cyrille Gindre, entraîneur, chercheur, auteur et fondateur de Volodalen

« Bravo pour cet article remarquable. Il y aurait pas mal à échanger sur de nombreux points avancés. Mais pourquoi pas un jour de vive voix. »

 

 

 

 

 

 

 

Pour plus d’informations sur cette rubrique, cliquez ici.

 

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« Return to play » ou « return to competition » ?

À la suite de différents échanges avec des médecins du sport, des kinésithérapeutes, des chercheurs et des confrères préparateurs physiques sur la notion de « Return to Play » (RtP), pourtant largement employée dans le milieu médical et subséquemment dans le milieu sportif, il apparait qu’elle n’a pas le même sens pour tout le monde. Qui plus est, entre confusions voire étonnements lorsqu’on évoque les termes apparentés de Return to Competition (RtC) et plus encore de Return to Sport (RtS), il semblait important de faire le point.

 

 

Le « Return to Play » (RtP)

Concept largement répandu dans les milieux de la médecine sportive, de la kinésithérapie et de la préparation physique quand on aborde les périodes de rééducation, de réathlétisation voire d’entraînement, le « Return to Play » (RtP) si on s’appuie sur la traduction littérale de l’anglais, est la phase qui consisterait à permettre le « retour au jeu » d’un athlète ou d’un sportif suite à une blessure ou à une intervention chirurgicale. Par jeu, il faut comprendre compétition. Or à la lecture de certaines publications anglo-saxonnes concernant la rééducation (« rehabilitation » ou « rehab » en anglais) et la réathlétisation (« reconditioning ») à l’image de celle de Joyce et Lewindon, on peut constater que certains « strength and conditioning coachs » (SCC) et « athletic trainers » (AT) emploient le terme « Return to Competition » (RtC) qu’ils distinguent bien du terme RtP que privilégie notamment le corps médical et paramédical. Sans jeu de mots … 

Pour ces SCC ou AT, le Return to Play marque la fin de la rééducation (dont il est l’objectif) autrement que la possibilité immédiate d’un retour au jeu, aux entraînements individuels et/ou collectifs spécifiques, et à la compétition comme l’envisagent certains médecins, kinésithérapeutes voire même préparateurs physiques. Soulignant du même fait que « ce terme est rarement utilisé pour décrire une phase de préparation ou d’entraînement dans un plan annuel » et tout l’intérêt (indispensable !) d’associer la rééducation à la phase de réathlétisation.

Profitons en d’ailleurs pour (re)définir la « réathlé » (dans notre jargon) : « processus qui permet à l’équipe en charge de la performance [en concertation avec l’équipe médicale] d’appliquer immédiatement après la blessure ou l’intervention chirurgicale, tous les aspects du développement athlétique pour préparer au mieux [on ajoutera : d’une manière efficiente et optimisée pour envisager un retour à la compétition le plus rapide possible en minimisant autant que possible le risque de récidive ou l’apparition de nouvelles blessures] l’individu aux véritables exigences de compétition à venir. » Une manière d’expliquer la réathlétisation que l’on pourrait compléter par les propos de Mathieu Chirac (ex-responsable de la cellule réathlétisation à l’INSEP), je cite : « ensemble des moyens non médicaux et non paramédicaux mis en oeuvre pour rétablir complètement l’efficacité motrice ou fonctionnelle d’un sportif. » 

Avec pour but à atteindre : le retour à la compétition (Return to Competition : RtC).

 

« Returning to competition is easy; continuing to compete is more difficult. »

Bill Knowles

 

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Quelle distinction avec le « Return to Competition » (RtC) ?

Sans chercher à dissocier ni opposer le Return to Play au Return to Competition / la rééducation à la réathlétisation, mais dans l’idée d’en préciser les orientations pour une meilleure complémentarité, ces « trainers » font remarquer que les protocoles de rééducation sont souvent « centrés sur ce qu’un athlète ne peut pas faire, par opposition à ce qu’un athlète peut faire. » Expliquant que bien que cela soit tout à fait compréhensible dans la mesure où il est impératif de ne pas compromettre ou retarder les phénomènes de cicatrisation et de consolidation en protégeant la lésion et sa région, ces limitations telles que l’inactivité même partielle ou le repos peuvent avoir pour conséquence – « à court et long terme » l’altération « des qualités de mouvement du sportif » et l’apparition d’une « inhibition neuromusculaire » – pouvant alors devenir des facteurs de risques bien plus importants que les procédés de rééducation et de réathlétisation pouvant être envisagés.  « Le modèle traditionnel de rééducation, qui se concentre davantage sur la blessure, sous-estime la réponse du corps que peut avoir sur la guérison un entraînement « familier » des mouvements chez les athletes. » 

 


« There is a big difference between protecting and restoring tissue health and preparing the athlete for a return to competition. » 

 

Ce que le système EXOS (anciennement Athlete’s Performance) désigne comme une médecine « defensive » contraire à une médecine « offensive » (figure 1). Les anglo-saxons dont on connait le style direct, ont décidément toujours le sens de la formule. Pour preuve, et si vous êtes de nature curieuse, je vous invite à rechercher la définition qu’ils ont de la « defensive medicine » (médecine préventive) que vous trouverez par ailleurs dans la page 13 de ce document

 

Defensive Medicine Vs Offensive Medicine Exos

Figure 1 – « Defensive Medicine vs Offensive Medicine » (extrait de l’intervention de Christopher Brock de la société EXOS, lors du 3ème colloque organisé par l’association des Préparateurs physiques du Football Professionnel Français (PFP) à la FFF)

 

Le plan élaboré du « Return to Competition » et le modèle de réathlétisation qui en découle encouragent plutôt la poursuite d’un entraînement quotidien de ces mouvements : « Cette stratégie maintient et/ou restaure des patterns de mouvement coordonnés qui sont essentiels pour la réussite sportive … » dont le type, l’intensité et la charge appliquée sont fonction : 

  • du type de blessure ou de maladie (aigue ou chronique)
  • des conditions de survenue de la blessure ou de la maladie (facteurs contextuels)
  • du suivi médical (indications, contres-indications)
  • du profil de l’athlète (âge, moment de carrière, antécédents traumatologiques)
  • du type de discipline sportive (en individuelle ou en équipe, sport de contact ou non)
  • des exigences physiques du sport pratiqué 
  • de l’état psychologique quotidien du sportif
  • du niveau de pratique (amateur, professionnel)
  • des impératifs de la saison (échéance sportive importante) …

Le tout et il est important de le répéter, doit se faire de concert avec l’équipe médicale en charge du ou de la sportive et de sa rééducation.

On modérera tout de même cette considération pour laquelle, l’entraînement des patterns de mouvement doit être systématiquement envisagé. Les circonstances ne le permettent pas toujours, une analyse au cas par cas étant indispensable. Si prise de risques il y a comme c’est souvent le cas (management du risque (McCall et al., 2016)) entre les recommandations médicales et scientifiques (délais de récupération supplémentaires) et les exigences de terrain (pression du staff), elle doit être dûment réfléchie et concertée par l’ensemble des parties-prenantes ou décideurs clés que sont l’équipe médicale et scientifique, le kinésithérapeute, le préparateur physique, le manager et/ou l’entraîneur et bien entendu l’athlète (qui peut bénéficier d’un accompagnement psychologique si nécessaire). Chaque prise de décision n’est aucunement un acte isolé, et la part de chacune d’elle tout au long du processus de retour de blessure est conditionnée par différents paramètres. Voici un exemple de modèle décisionnel que nous proposent Dijkstra et al. (2016) : le shared decision-making (SDM) process (figure 2).

 

Sdm Share Decision Making

Figure 2 – Le « shared decision-making (SDM) process ». La taille des cercles qui contribuent aux processus SDM sont influencés par différents facteurs, incluant l’état de santé, le risque de participation et tout autre modificateur de décision. La position du cercle SDM pourrait donc varier : pour un athlète commotionné ne présentant aucune capacité pour prendre part au processus SDM, la decision est indiscutablement dans le cercle des professionnels de la santé. Dans le cas de l’athlète et de l’entraîneur se déplaçant seuls à un camp d’entraînement/compétition, le professionnel de santé pourrait être absent du processus SDM.

 

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« Return to Sport » et le « consensus statement » : le point de vue de la recherche scientifique

Quoiqu’il en soit, que l’on parle de Return to Play ou de Return to Competition, la recherche scientifique est affirmative là dessus : toute décision comme nous venons de le voir et particulièrement la décision finale qui aboutit au RtP (ou au RtC) est « multifactorielle, complexe et dynamique ». McCall d’ajouter : « la difficulté est de pratiquer une bonne médecine du sport et science tout en trouvant un équilibre avec les intérêts du joueur et de l’équipe. » 

Concernant les termes de RtP et de RtC, se basant sur la littérature et selon Jean-Benoit Morin professeur et enseignant-chercheur à l’Université Côte d’Azur, ils ne sont que des « distinctions marginales car ce qui fait « foi » pour quelques années (jusqu’à ce que la recherche ait évolué significativement), c’est le « consensus statement » du CIO publié cette année [NDLR : en 2016] dans British Journal of Sports Medicine. » 

Le « consensus statement » qui a eu lieu en 2016 à Berne rejoint l’idée selon laquelle « le mot « play » est plus applicable à un joueur de sport collectif » et l’importance d’identifier un terme commun à tous « pertinent et compris de tous les sports et de tous les athlètes. » Préférant ainsi le terme général « Return to Sport » (RtS) (figure 3) à Return to Play ou Return to Competition pour définir le continuum regroupant ces deux dernières entités.

 

Return To Sport

Figure 3 – Modèle biopsychosocial du RtS après une blessure

 

Pour en savoir plus, je vous invite à consulter l’intégralité du document que je vous joints : « consensus statement » (pdf).

 

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Que retenir ?

Au delà de ces termes dont l’aspect peut paraitre totalement subjectif et qui pour certains peut être assimilé à du « chipotage », la volonté de cet article à l’image des différents auteurs que je cite n’est pas tant d’épiloguer, d’opposer les deux approches, ni même d’apporter une déclinaison supplémentaire; une manière conceptuelle de s’approprier une soi-disant « nouvelle méthode » dont certains sont adeptes. Mais bien de souligner la complémentarité essentielle (pour ne pas dire le caractère indissociable) de la rééducation et de la réathlétisation. Et de tenter d’apporter plus de clarté sur les terminologies afin que l’ensemble des professionnels de santé et de l’entraînement qui oeuvrent ensemble à leur bonne réalisation, puissent avoir le même langage. Replaçant de ce fait le sportif au coeur même du processus de retour de blessure pour lui permettre un Return to Sport dans les meilleurs dispositions possibles et de minimiser autant que faire se peut les risques de récidives. Ne nous trompons pas d’objectif, car dans nos domaines « en proie aux labels et aux chapelles » pour reprendre l’une des expressions favorites de l’ex-préparateur physique de l’équipe de France féminine A de football, Frédéric Aubert, c’est bien là le plus important.

 

« Le sportif est un blessé « en sursis »; notre rôle est de retarder l’échéance tout en minimisant les conséquences. » 

Mathieu Chirac (ex-responsable de la cellule de réathlétisation de l’INSEP)

 

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Je tiens à remercier les différents échanges et retours obtenus concernant le sujet, et particulièrement Jean-Benoit Morin pour sa disponibilité et ses références scientifiques toujours aussi pertinentes ainsi que Paul-Marie Lallement masseur-kinésithérapeute de l’ASM Clermont Auvergne rugby

 

 Olivier Allain

 

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Références

Ardern CL., Glasgow P., Schneiders A., Witvrouw E., Clarsen B, Cools A., Gojanovic B., Griffin S, Khan KM., Moksnes H., Mutch SA., Phillips N., Reurink G., Sadler R., Silbernagel KG., Thorborg K., Wangensteen A., Wilk KE, Bizzini M. 2016 Consensus statement on return to sport from the First World Congress in Sports Physical Therapy, Bern. Br J Sports Med., 50(14):853-64, 2016.

Chirac M. La Réathlétisation – Les grands principes. INSEP Publications, 2014.

Dijkstra HP., Pollock N., Chakraverty R., Ardern CL. Return to play in elite sport: a shared decision-making process. Br J Sports Med., 2016.

Joyce D., Lewindon D. Sports injury prevention and rehabilitation : integrating medicine and science for performance solutions. Routledge, 2016.

McCall A., Lewin C., O’Driscoll G., Witvrouw E., Ardern C. Return to play: the challenge of balancing research and practice. Br J Sports Med., 2016.

Van der Horst N., van de Hoef S., Reurink G., Huisstede B., Backx F. Return to Play After Hamstring Injuries: A Qualitative Systematic Review of Definitions and Criteria. Sports Med., 46: 899–912, 2016.

 

3ème colloque des Préparateurs physiques du Football Professionnel. Siège de la FFF (Paris), 6 octobre 2016.

Brock C. Méthodes et tests en club professionnel. Team EXOS. 

Dr Puig P. Ladoucette S., Maquaire C. Lésion du soléaire : de la blessure au retour terrain. CERS Capbreton. 

 

Internet

Site Kinesport : Congrès Return to Play – Londres 2016.


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Les talons … d’Achille

Mesdames, Mesdemoiselles,
Incontournable dans votre code vestimentaire, les chaussures à talons peuvent être le « Talon d’Achille » de votre pied. Explications et conseils …
Vous portez régulièrement des chaussures à talons, pour votre activité professionnelle, ou par simple plaisir d’en être vêtues. Seulement, vous pouvez finir par être gênées par votre tendon d’Achille lorsque vous portez d’autres chaussures ou au moment de chausser vos baskets pour pratiquer votre activité physique. Pire, vous en souffrez et cela restreint vos activités. Pas de panique !

 

 

Pourquoi ce phénomène ?

Il faut savoir qu’en portant des chaussures à talons, la surélévation de vos pieds au niveau de leur face postérieure entraine un raccourcissement du tendon d’Achille. Cette adaptabilité peut être de nature passagère, régulière, ou constante. Elle dépend de vos habitudes à porter ce type de chaussure et de votre profil « tendinopathique ».

 

Tendon-Achille-anatomie

Figure 1 – Illustration d’une lésion du tendon d’Achille

Que faire ?

Il est nécessaire de soulager la zone.

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Conseils et exercices

  • Dès que vous le pouvez, le matin au réveil, le soir après le travail, n’hésitez pas à soulager cette zone en marchant pieds nus chez vous. Pensez à dérouler les pieds afin de soulager vos tendons (on se préoccupe des deux pieds en prévention des compensations, les douleurs pouvant apparaître de chaque côté).

 

Marcher pieds nus au sol

 

  • Vous devez également vous octroyez des mouvements à faire pour mobiliser votre cheville : flexion/extension, inversion/éversion, mouvements rotatoires dans les différents sens … (cf. figure 1).

 

Exercices mobilisation articulaire

Figure 2 – Exercices de mobilisation articulaire

 

  • De plus, si votre tendon n’est pas trop douloureux, je vous invite à venir étirer la ou les zones sensibles.

 

Etirements mollets et tendon d'Achille

Figure 3 – Exemple d’étirement du tendon d’Achille

 

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Etirement : positionnez-vous proche d’un mur et appuyez vous contre avec vos mains  (figure 3). Reculez vos deux jambes, parallèlement l’une à l’autre dans le prolongement du bassin. Durant la mise en tension, les talons sont toujours en contact avec le sol (indication absente sur le schéma). Avancez la jambe « douloureuse » vers l’avant, genou fléchi. La jambe « saine » sera étirée en première afin de bien comprendre et ressentir l’action de l’étirement. Fléchissez légèrement le genou de la jambe restée en arrière, le talon toujours en contact avec le sol. Vous devez sentir l’étirement au niveau du tendon. Maintenez la position 10 secondes sans à coups puis, revenez en position de départ les deux jambes tendus, parallèles dans l’axe du bassin. Faites la même chose avec la jambe gênante en contrôlant la mise en tension et en l’étirant très progressivement sans forcer et sans augmentation de douleur. Après les 10 secondes, revenez dans la position initiale et recommencez avec l’autre jambe. Répétez ce protocole 3 à 5 fois.

  • Enfin, vous pouvez également appliquer une poche de glace en récupération le soir après le travail ou suite à votre entrainement.

Récupération tendon d'Achille

Figure 4 – Application d’une poche de froid


Ces exercices sont à répéter régulièrement chaque semaine.

 

Pour conclure, vous n’avez pas besoin de souffrir pour être belle :)

 

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Dans le cas où la douleur serait trop importante ou perdurerait, je vous conseille d’en parler à votre médecin traitant, votre kinésithérapeute ou votre podologue pour évaluer la possibilité d’une tendinopathie et ainsi écarter tout risque d’aggravation.

 

Olivier Allain

 

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