Isophit : la botte secrète du mouvement⎪Témoignage d’une pratiquante

« C’est dans les vieilles marmites que l’on fait les meilleures soupes. » Tel pourrai-je décrire le concept Isophit, moi qui ai souvent tendance à faire l’analogie entre le domaine de la gastronomie et celui de l’entraînement. Deux univers avec lesquels je me régale.

Effectivement, Isophit a su par l’intermédiaire de son inventeur Brad Thorpe et d’Arnaud Ferec le directeur d’Isophit Europe, remettre au goût du jour l’importance de l’isométrie. Longtemps sous-estimé, ce régime de contraction musculaire est et reste une arme absolue (d’activation massive) sans commune mesure avec les autres modalités de contraction que nous connaissons. Lui conférant un rôle essentiel voire indispensable pour ce qui représente le coeur de nos interventions, et que nous cherchons sans cesse à améliorer/optimiser dans une optique de performance et/ou de prévention des blessures : le mouvement.
 
Or, nous avons trop souvent tendance à penser que pour améliorer le mouvement, il faut faire exclusivement… du mouvement (nous y reviendrons dans mon article à venir sur la mobilité). C’est oublier que le corps est une magnifique machine adaptative qui fonctionne en mode « éco ». Et toutes les problématiques de faiblesses, de raideurs et de compensations qui nécessitent que l’on s’y attarde. 
 
Entre épisodes inflammatoires et rachialgiques, contractures musculaires, entorses à répétition (d’un naturel plutôt laxe)… tel a longtemps été le quotidien d’Élise. Pratiquante d’escalade, elle m’a été adressée par Jean-Manuel Kerangueven ostéopathe-posturologue et kinésithérapeute de formation avec lequel je collabore efficacement depuis plus de deux ans maintenant. Au terme d’un peu moins d’une vingtaine de séances ensemble, réalisées pour la plupart sur Isophit, nous sommes en train de réaliser notre pari : lui permettre un meilleur confort de mouvements et résorber ses douleurs du quotidien. Optimiser sa mobilité et sa posture en somme.
 
Voici son témoignage.
 

Isophit, l’isométrie au service du mouvement

« 25 ans de douleurs musculo-squelettiques ne s’enlèvent sûrement pas en un claquement de doigts, ni avec une seule technique passive. En revanche, grâce à un renforcement hyper ciblé, personnalisé et exigeant, elles diminuent progressivement mais sûrement! Aussi grâce à une prise en charge coordonnée ostéopathe-posturologue (NDLR : Jean-Manuel Kerangueven)/préparateur physique (Olivier Allain), alors là, ça progresse encore mieux!

 

25 ans de douleurs musculo-squelettiques ne s’enlèvent sûrement pas en un claquement de doigts, ni avec une seule technique passive.

 

Je me sens très reconnaissante envers Olivier pour son écoute, son professionnalisme, sa gentillesse, sa patience, sa rigueur et son « coaching ». Je n’ai jamais été aussi « encadrée » sur le plan physique et heureusement, car il faut une bonne motivation intrinsèque et un préparateur bien motivant aussi pour garder le rythme, car là, on travaille. C’est ce que j’aime même si c’est parfois exigeant, mais toujours pour la bonne cause. Il ne s’agit pas ici d’être « patiente », encore et toujours, « patienter ». Non. Il s’agit d’être active. Active de sa santé, et ça change tout. Etre accompagnée c’est très différent que d’être portée. On peut compter sur l’autre mais c’est nous qui faisons le boulot, donc au final, je ressens ET une grande gratitude envers Olivier ET un renforcement de ma propre « estime de soi »!

 

Je suis sciée de constater combien des micro-mouvements ou des postures statiques qui n’ont l’air de rien du tout peuvent me faire travailler de façon ciblée, c’est vraiment impressionnant.

 

Changer de posture physique a aussi coïncidé pour moi avec un énième changement de posture psychique et de posture de vie. Cela contribue à un rééquilibrage global qu’une seule approche ne saurait sans doute atteindre. Par ailleurs, je suis sciée de constater combien des micro-mouvements ou des postures statiques qui n’ont l’air de rien du tout peuvent me faire travailler de façon ciblée, c’est vraiment impressionnant. Et Olivier planifie chaque séance en terme de types d’exercices, de durée, de rythme, selon ce qui a été bossé les fois d’avant, non pas avec une méthode dans l’absolu, mais toujours avec une méthode adaptée à un(e) individu(e) unique.

Merci! »

Elise

 

En cela, Isophit est un outil fantastique puisqu’il permet d’appréhender un ensemble de paramètres de manière simplifiée et terriblement efficace en vue d’améliorer drastiquement la stabilité articulaire et la qualité de mouvement. Ce que j’ai moi-même pu remarquer chez mes clients et mes sportifs. Que demander de mieux. 
 
« It all starts here » (« Tout commence ici »).
 
Isophitness Lyon
2 place de Francfort
69003 LYON
 
Pour nous contacter.

Isophit It All Starts Here

 

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Régimes minceur, compléments alimentaires et carnaval : Le reflet d’une société

La panacée des régimes minceurs et des compléments alimentaires… Comme beaucoup travaillant dans le milieu du sport, de l’entraînement et même de la santé, nous sommes régulièrement contactés par des distributeurs en tout genre. En particulier des coachs en bien-être ou en nutrition à la recherche de réseau et de compléments de revenus, à l’image des membres indépendants de firmes pour la plupart controversées. 

Il est vrai qu’entre la malbouffe, reflet de notre société de consommation, et les régimes minceur en tout genre pour entretenir ce cercle vicieux qui perdure; ce business si lucratif et toute cette cacophonie pour ne pas dire hypocrisie autour de la perte de poids, autant continuer à « surfer » dessus comme ces différentes corporations savent le faire, certaines depuis plusieurs décennies. Chacune vantant son approche diététique et ses produits comme les meilleurs pour améliorer le bien-être, la santé et la ligne de chaque consommateur (crédule) comme pour accompagner la pratique sportive. Et ça marche ! Donc forcément, cette réussite inspire. Mais la faute à qui ? L’évènement Nutella de ce début d’année 2018, en pleine affaire Lactalis, pourrait résumer le tout.

De là, et pour aborder la réponse à tous ces disciples, j’ai décidé de leur mettre en lien une enquête de 2015 tout autant éclairante que détonnante. Une publication initialement rédigée par Sébastien Bême, préparateur physique, pratiquant de CrossFit et auteur d’un livre sur l’entraînement fonctionnel, que je réédite. Avec son accord, et concernant un sujet sociétal toujours plus d’actualité, j’ai donc décidé de reprendre le flambeau et de la remettre au goût du jour tout en conservant son authenticité et en toute impartialité*. Néanmoins, aucune immunité : comme dans Koh-Lanta, chacun sa stratégie. Seulement, tel un(e) nomad(e) un conseil : réfléchissez avant de vous engager.

 

 

*NB : suite à la première version de l’article largement développée et argumentée mais jugée « diffamatoire », j’ai pris soin de garder les grandes lignes, les références et les idées à retenir.

 

 

Aux origines du cirque

Il est indéniable qu’en parallèle de ses entraînements, en vue de parvenir à des résultats et d’accomplir des objectifs de bien-être, de santé et qui plus est de performance, il faut y associer une hygiène alimentaire adaptée et optimale. Le tout, saupoudré d’un peu de patience. « Rome ne s’est pas faite en un jour » dit-on.

En effet, conditionnés par notre société de consommation comme je l’introduisais plus haut, beaucoup oublient cet adage. Ils se ruent sur des méthodes « miracles » standardisées, basées sur des produits de synthèse, vendues comme la « solution adaptée » élaborée à partir de produits soi-disant naturels. Ils préfèrent plutôt « tout et rapidement ». Quite à hypothéquer leur santé. Regrettable surtout pour des effets à court terme aussi brutaux que préjudiciables.

Négligeant du même coup les fondements d’une alimentation quotidienne devant être majoritairement constituée d’apports nutritionnels (macronutriments, micronutriments, fibres) d’origine naturelle et de qualité, ou tout du moins, le moins transformés possible. Vous me direz, on est plus à cela prêt entre les produits alimentaires issus des industries (trop) souvent incriminés, les compléments alimentaires et suppléments nutritionnels de provenance et de qualité souvent douteuses destinés à la pratique du Fitness ou de la musculation (milieux dans lesquels ils sont largement consommés); ou bien en autres exemples, les boissons dites énergisantes (à ne pas confondre avec énergétiques!) – dont les marques à l’heure actuelle sont notamment partenaires de plus de 600 athlètes à travers le monde – longtemps interdites dans l’Hexagone et sujettes à une nutrivigilance de la part de l’ANSES (agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail : voir encadré ci-dessous).

Selon les données actuelles (INSERM), les boissons énergisantes peuvent apporter des doses 10 fois plus élevées en taurine en comparaison des doses alimentaires quotidiennes (bien qu’il n’existe pas d’apports journaliers recommandés officiels pour cet acide aminé et que nous manquons encore de recul sur de possibles effets néfastes en cas d’importante consommation); principalement associée à une forte teneur en caféine (en moyenne 80 mg/canette), sans compter le sucre. Et tout ce que cela implique en terme de santé publique (cf. les recommandations de l’ANSES) bien que certains soutiennent du contraire malgré quelques incidents déclarés… Un empoisonnement massif ? On le saura tôt ou tard. D’un sens, les consommateurs réguliers peuvent se réjouir de contribuer aux investissements de leurs marques dans la création et l’organisation d’événements sportifs et dans les sports extrêmes. En plus, il paraît que ça donne des ailes…

⚠️ Toutefois, attention à la chute. La vigilance est de mise. Car contrairement aux apparences et de manière totalement paradoxale, boissons énergisantes et pratique(s) sportive(s) ne font pas bon ménage. 

Cedric Dumont Wingsuit Flies Pyramids RedBull Vous Donne Des Ailes

 

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Naturel et nutrition optimisée

Certaines marques voguent sur l’appellation « produit naturel ». Qu’on se le dise : aujourd’hui, quels produits vendus mis à part de rares exceptions sont naturels, et ne sont ni partiellement ou totalement modifiés, transformés voire créés par l’homme ? Pour autant, certains restent de meilleure qualité que d’autres.

Comme le titre de l’étude de Schoepfer et al. (2007) l’indique, le terme « herbal » régulièrement employé « ne veut pas dire inoffensif ». Effectivement, naturel ne veut pas toujours dire sans risque, l’usage d’éphédrine molécule extraite des rameaux d’éphédra (photo ci-dessous), un temps utilisée par des laboratoires pour la conception de leurs produits préconisés pour la perte de poids (dont les effets sont transitoires), a dû être retiré de leur composition après condamnation pour non respect des recommandations de santé publique. En outre, elle se révèle être un puissant stimulant et dopant dont les effets peuvent induire des risques aggravés d’hypertension et d’infarctus du myocarde. 

Une plante, une fleur ou un champignon peut effectivement être naturellement toxique ou bien avoir été contaminé(e) par un terrain souillé apportant des résidus nocifs et impropres à la consommation. Des poissons peuvent avoir été empoisonnés au mercure tout en étant naturels. Cela malheureusement, nous en sommes tous au fait. Alors, pourquoi en rajouter une couche ?

L'éphédra Ephedra

Car « les produits sont souvent présentés de manière à susciter des espoirs et des attentes infondés qui ne peuvent être satisfaits. Il convient également de souligner que les informations en ligne sur les produits proposés constituent des publicités plutôt que des informations scientifiques sérieuses; cette distinction est souvent difficile à faire pour la plupart des consommateurs. » (Stickel, 2007) Ces mêmes utilisateurs chez lesquels – coïncidence – il n’est pas rare de constater un régime alimentaire de base irrégulier, déséquilibré, au final inadapté. Nous y reviendrons dans la dernière partie.

Pour preuve. Quand le produit diététique phare d’une marque est présenté comme la « formule 1 », et qu’en consultant la composition vous constatez en plus d’un agencement chiffré assez trompeur, la présence de fructose (sucre) en second dans la liste; mais également de l’huile de soja avec toutes les contraintes de qualité, de préparation et d’association qu’elle exige (à défaut desquelles, cette huile peut apparaître nocive) : belle supercherie ! Osé, pour une entreprise qui se vante de proposer des produits et compléments alimentaires de « grande qualité » vendus par ses coachs, le plus souvent dans le cadre d’un accompagnement sportif et diététique… Attention à la sortie de route!

Dés lors, plusieurs questions se posent : comment peut-on proposer un suivi nutritionnel rigoureux si les informations sont faussées ? Comment croire en la véracité des données et des propos d’une institution qui affiche ses intentions à vouloir lutter contre la malnutrition, l’obésité, et offrir une vie saine à ses consommateurs ? Quel crédit accorder à l’éducation et à la formation de ces membres indépendants sur les principes d’une bonne nutrition ? Et puisqu’ils prônent le tout scientifique, à partir de quelles études cliniques justifient-ils leurs résultats ? C’est ce que nous allons aborder dans le point suivant.

 

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Médecine alternative, rapportet impact sur la santé : quelles justifications et recommandations scientifiques ?

Lorsque l’on effectue des recherches sur PubMed, les chercheurs indépendants de différentes nationalités se félicitent d’une sensibilisation accrue du public à la prévention des maladies et à la santé; mentionnent cet univers propice à la médecine complémentaire et alternative (CAM : Complementary and Alternative Medicine); et mettent cependant en garde contre l’auto-médication et la (sur)consommation de plantes médicinales et de suppléments nutritionnels disponibles sur le marché ou sur internet, sans l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien. Bien que leur appréciation puisse en être parfois limitée.

PubMed

Comme le précise Stickel (2007) : « le niveau de connaissance des médecins sur les compléments alimentaires et les plantes médicinales, leur régulation et les dangers potentiels est vague et leur connaissance des préparations de CAM comme source potentielle de dommages pour la santé est faible. » Ajouté à cela, « la composition de la plupart des produits est insuffisamment caractérisée, souvent non marquée, très variable et il n’existe pas d’effets bénéfiques clairs pour les consommateurs. » Ces publications indépendantes très détaillées de plusieurs pages précisant que des atteintes, parfois aigues ont été recensées. Outre les dénonciations initiales qui portent sur les problématiques constatées, liées aux risques d’hypertension et d’infarctus suite à l’usage des produits contenant de l’éphédra (éphédrine) ce que nous avons déjà révélé; ou d’autres cas de réactions allergiques; les publications mentionnent des problèmes d’hépatotoxicité (dommages causés au foie). « Hepatotoxicity » un terme très souvent associé aux produits de certaines marques conçus à partir de plantes médicinales, et qui représente « une épidémie cachée » en Europe et aux Etats-Unis selon Licata et al. (2013).

Pour répondre à ce genre de problématique, le meilleur professionnel de santé est et reste (jusqu’à preuve du contraire) le diététicien-nutritionniste, diplômé(e) et reconnu(e) en tant que tel.

En tous les cas, sachez à qui vous vous adressez.

 

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Nutrition, compléments alimentaires et perte de poids : la grande mascarade

Et c’est ainsi que pour conclure sur les sollicitations de tous ces coachs en bien-être – et après avoir mené cette petite enquête* – je persiste dans la même appréciation justifiant mon refus : les organisations auxquelles ils appartiennent ne proposent trop souvent que des prestations obsolètes que nous pourrions ironiquement qualifier de « carottes », travailler sous leur bannière n’étant pas très flatteur. Sébastien Bême avait été plus cash en employant le terme « arnaques »; j’ai préféré de mon côté rajouter une touche un peu plus… végétale.
Une opinion « insultante » selon les dires d’un membre indépendant, débutant sa réponse d’une manière assez hilare et ironique (à son tour), en constatant que l’article ait pu être relayé par un « nutritionniste [NDLR : diététicien-nutritionniste] qui casse l’entreprise qu’il représente (potentielle concurrente pour lui) : quoi de mieux pour se faire un avis objectif. »

Cet élan de présomption plutôt audacieux pour mettre en avant une marque et de banals compléments alimentaires en comparaison de l’avis d’un professionnel dont la diététique et la nutrition est, pour lui, le métier (!) – et ce n’est pas une bille pour se mettre au même niveau que les enfantillages d’une cours de récréation – dénote une forme de confiance aveugle ou de méconnaissance. Qui plus est, tous ces « coachs bien-être et nutrition » sont dans la totale illégalité en proposant leur(s) « programme(s) alimentaire(s) » sans être diététicien (AFDN) ou médecin diplômé. Ceci n’est que le reflet d’un système négligent, irresponsable, mensonger et peu scrupuleux qui a perdu le sens des (vraies) réalités. Si tant est qu’il l’ait déjà eu.

Ainsi, et avant de continuer, sachez donc que ces propos n’ont pas pour vocation d’être diffamatoires, orientés et polémiques à l’encontre d’une personne en particulier et d’une multinationale qu’elle peut représenter. Mais bien de dénoncer tout ce système et un ensemble de pratiques que l’on a, par la force des choses, banalisé. Comme dans chacune de mes publications, j’encourage la réflexion et l’échange et j’incite chaque lectrice et lecteur à défendre son point de vue et ses opinions. Seulement, dans ce contexte ‘Sport Santé’ que l’on veut bien nous faire croire, il y a énormément de discordances avec les pratiques inhérentes à la perte de poids et à la nutrition sportive. 

 

Précisément définis par une directive européenne (2002) puis un décret français (2006), les compléments alimentaires sont des denrées alimentaires dont le but est de compléter un régime normal et qui constituent une source concentrée de nutriments ou d’autres substances ayant un effet nutritionnel ou physiologique seuls ou combinés, commercialisés sous forme de doses. Par dose, on entend toutes les formes classiques : gélules, pastilles, comprimés, ampoules, ou encore sachets.

 

Or initialement, c’est bien cette considération du « régime normal » qui pose question : combien de personnes s’engagent dans la consommation régulière de compléments alimentaires ou de substitus de repas (et je ne parle pas encore des régimes), alors que c’est leur hygiène de vie – impérative à la santé, au bien-être et à la perte de poids durable – qui est avant tout problématique ?

On entend par là, non seulement la quantité des apports nutritionnels (insuffisance ou excès) et la qualité des aliments consommés qui vont conditionner l’hygiène alimentaire; mais aussi les conséquences quotidiennes de notre mode de vie : le stress et surtout le manque de sommeil (Wang et al., 2018), négligés ou volontairement omis dans différentes préconisations qui concernent notamment la perte ou la prise de poids. Et pour lesquelles l’absence de remédiations ne peut qu’aboutir, inévitablement, à des résultats mitigés et à des échecs sur le long terme. Surtout si ils sont associés à une restriction calorique, point que nous allons corroborer. Car ce sont bien ces deux facteurs stress et sommeil qui semblent déterminants, et qui ne sont d’ailleurs pas étrangers à l’apparition d’intolérances et de troubles du comportement alimentaire (TCA). Bien aidée par l’industrie et toutes ses grandes entreprises, il va s’en dire. 

 

D’après les résultats d’une récente étude de Wang et ses collaborateurs, une heure de sommeil en moins (environ) sur 5 nuits par semaine, a conduit à une perte moins importante de masse grasse au dépend de la masse musculaire chez les individus subissant une perte de poids hypocalorique. Confirmant que le manque de sommeil peut induire des modifications durables de la masse corporelle.

 

De cet environnement découlent des pratiques et des modes alimentaires (végétarisme, végétalisme, vegan, paléolithique…) élevées au rang d’idéologies pas forcément adaptées, quand ce ne sont pas des marques, des sites internet de coaching ou des salles de sport qui vous y poussent. Ainsi, et c’est la nouvelle mode, de nombreux concepts proposent d’associer des régimes hypocaloriques standardisés à la pratique sportive, souvent intensive, dans un objectif de perte de poids forcément inéluctable sur le court terme. Et passant dans la plupart du temps, d’un extrême à un autre : d’un état de faible activité ou d’inactivité associé à une sur-alimentation; à un état de sur-activité combiné à une sous-alimentation. Tout cela, avec peu ou pas de temps d’adaptation, perdant toute notion de progressivité. Pour rajouter du stress et tous les risques que cela comporte, il n’y a pas mieux ! Dans les jeux vidéos, on appelle cela un combo qui aboutit généralement pour l’adversaire à la fin de la partie. En l’occurence ici, l’adversaire c’est vous.

Vous imaginez donc sur le long terme. D’autant plus que ces restrictions caloriques n’ont pas fait leur preuve, ne sont clairement pas avantageuses (je vous invite également à lire les propos pleins de bon sens du post Facebook qui suit), et pire, conduisent dans la majorité des situations à une reprise du poids souvent supérieure à la perte initiale. Qui plus est, associées à la pratique sportive intense maladroitement préconisée et au final inadaptée (surtout pour une reprise sportive ou pour des pratiquant(e)s mal préparé(e)s comme c’est fréquemment le cas); ainsi qu’à un bilan diététique généralement sommaire ou plus alarmant encore, totalement absent; elles vont engendrer des carences, un état fatigue, de surentraînement, augmentant les chances de blessures et les risques pour la santé. Continuellement minimisées, ces pratiques loin d’être anodines ne doivent en aucun cas être prises à la légère. Et devraient obligatoirement faire l’objet d’un suivi par un diététicien-nutritionniste ou par un médecin spécialisé. Ce qui n’est généralement pas le cas.

Les plus joueurs, confiants, pourront répliquer sur le fait que ces approches ont au moins le don de rétablir une forme de rigueur. C’est comme qui dirait donner le bâton pour se faire battre. Si vous y tenez. Prêt(s) pour la revanche ?

Christophe Hausswirth – chercheur en science du sport et actuel responsable du département de la recherche à l’INSEP, après avoir été en charge des missions sur la nutrition et la récupération du sportif – met les choses au clair : « nous savons depuis peu que l’un de nos gênes code la restriction calorique mais surtout est responsable du stockage. Plus on est restreint en apports et plus notre re-stockage énergétique sera important. L’exercice aide à oxyder si notre balance énergétique est négative mais surtout si cela est fait de façon peu restrictive. » L’apport alimentaire étant indépendamment associé à la capacité maximale d’oxydation des graisses durant l’exercice, qui présente d’importantes variations inter-individuelles et dont les mécanismes demeurent inexpliqués (Fletcher et al., 2017).  

 

La balance énergétique reste un système initialement conçu pour notre survie. Ne pas tenir compte de cette réalité métabolique aura inévitablement un effet très négatif à moyen et long terme. Plus vous faites de régimes, plus vous dérégulez la balance et plus votre organisme sera résistant à la perte de poids malgré tous vos efforts.

 

De la même manière lorsque vous voulez prendre de la masse, sécher, ou si vous avez un petit coup de pompe lors de vos séances, rien de plus facile que de s’adresser à l’accueil de sa salle de musculation par exemple, ou à un (pseudo) coach, afin qu’ils vous apportent la solution miracle en liquide, poudre ou autres gélules. Pour finalement se rendre à l’évidence qu’il est quand même malheureux d’en arriver là, alors qu’il existe des moyens plus naturels et progressifs d’y remédier sans devoir regarder la composition des produits comportant des éléments de synthèse et des substances plus chimiques les unes que les autres, pour le peu qu’on en prenne la peine; ou encore de procéder à des régimes draconiens. 

Certes, vous n’obtiendrez peut-être pas des résultats aussi rapidement (en apparence), mais n’oubliez pas que plus vous aurez pris le temps de « construire », et plus vos acquis seront durables. Courir le risque d’hypothéquer sa santé, à l’instar d’Amine qui m’a contacté en privé suite à la publication d’un coup de gueule (cf. post ci-dessous), est le meilleur moyen de perdre du temps au bout du compte. Si ce n’est plus. Un peu comme si vous jouiez au casino : il peut arriver de gagner, mais sur la durée, on finit toujours par un « game over ». 

En résumé, soyez bien conseillé(e), suivi(e) et apprenez la patience car à tout vouloir sans attendre, on finit par tout perdre. Sauf les kilos.

 

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Pour parachever cet article sur cette industrie, ses vendeurs de rêve et ses concepts : j’en appel à chacun(e) un peu plus de discernement. Dans ce monde qui ne tourne pas rond, prenez garde aux artifices, aux fausses croyances et aux mensonges. Car à l’image du titre de cette émission de télévision belge ayant diffusé une enquête sur une corporation qu’on ne présente plus, une chose est sûre : on n’est pas (tous) des pigeons ! 

 

Olivier Allain

 

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Références

  1. Fletcher G., Eves FF., Glover EI., Robinson SL., Vernooij CA., Thompson JL., Wallis GA. Dietary intake is independently associated with the maximal capacity for fat oxidation during exercise. Am J Clin Nutr., 105(4):864-872, 2017.
  2. Licata A., Macaluso FS., Craxì A. Herbal hepatotoxicity: a hidden epidemic. Intern Emerg Med., 8(1):13-22, 2013.
  3. Purdom T., Kravitz L., Dokladny K., Mermier C. Understanding the factors that effect maximal fat oxidation. J Int Soc Sports Nutr., 15:3, 2018.
  4. Venables MC., Achten J., Jeukendrup AE. Determinants of fat oxidation during exercise in healthy men and women: a cross-sectional study. J Appl Physiol (1985)., 98(1):160-7, 2005.
  5. Wang X., Sparks JR., Bowyer KP., Youngstedt SD. Influence of Sleep Restriction on Weight Loss Outcomes Associated with Caloric RestrictionSleep, 2018.

 

Internet

Dr. Cyril Gauthier – Nutrition/Obésité : Comment fonctionne notre balance énergétique ?

Site AOAC International

Site Que Choisir : Régimes amaigrissants・Ils allègent surtout votre porte-monnaie


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Il était une fois… la proprioception (Partie 2)

Après la première partie de ce dossier sur la proprioception dédiée à une approche théorique, nous vous proposons de poursuivre ce second et dernier volet, par un versant plus pratique consacré : à une revue de littérature concernant les effets de l’entraînement sur surfaces instables; puis à des perspectives sur la manière d’aborder la proprioception dans vos entraînements. Bonne suite.

 

 

RÉSUMÉ : La proprioception, qu’est-ce que c’est ?

Retrouvez un préalable concernant la manière de définir et d’entraîner la proprioception.

(Interview réalisée par le site et l’application Tonsser)

 

Effets de l’entraînement sur surfaces instables : revue de littérature

Dans l’expression de la proprioception, une stabilité optimale étant fondamentale à la performance (Comerford et al., 2001) [ref]Comerford MJ., Mottram SL. Functional stability re-training:principles and strategies for managing mechanical dysfunction. Manual Ther 6: 3–14, 2001.[/ref] – comme nous l’avons conclu dans la partie 1 – il est pratique courante d’incorporer des exercices d’équilibre dans le programme d’entraînement des athlètes qui désirent rester compétitifs le plus longtemps possible, sans se blesser.

Inspirées des protocoles de rééducation utilisés en kinésithérapie, les surfaces instables sont dès lors employées avec la volonté d’améliorer la stabilité articulaire par la recherche de co-contractions agoniste-antagoniste appropriées, de stimuler le taux de développement de la force (Rate of Force Development : RFD) (Cressey et al., 2007) [ref]Cressey EM., West CA., Tiberio DP., Kraemer WJ., Maresh CM. The effects of ten weeks of lower-body unstable surface training on markers of athletic performance. J Strength Cond Res., 21(2):561-7, 2007.[/ref], la stabilité réactive et la capacité du pied à agir comme un adaptateur efficace et mobile (Lewindon et Joyce, 2008) [ref]Lewindon D., Joyce D. Sports injury prevention and rehabilitation : integrating medicine and science for performance solutions – The athletic foot and ankle. Routledge, 2016.[/ref].

Cependant, de nombreux avis mitigés demeurent pour cette approche jugée non-spécifique à la pratique d’un grand nombre de disciplines sportives. Reflétant les contradictions scientifiques auxquelles la thématique est sujette, entre les études qui signalent des améliorations globales de l’équilibre par l’entraînement sur ces surfaces alors que d’autres ne rapportent des effets que sur les tâches spécifiquement entraînées (Kümmel et al., 2016) [ref]Kümmel J., Kramer A., Giboin LS., Gruber M. Specificity of Balance Training in Healthy Individuals: A Systematic Review and Meta-Analysis. Sports medicine, 46(9), 1261-1271, 2016.[/ref].

Il n’y a aucune preuve que l’entraînement sur surfaces instables augmente la proprioception (NDLR : des chevilles). Bien qu’il puisse augmenter la coordination et l’équilibre, ce n’est pas la même chose que la proprioception (Eriksson, 2001) [ref]Eriksson E. Can proprioception be trained? Knee Surg, Sports Traumatol, Arthrosc, 9 : 127, 2001.[/ref]. Et au risque d’en faire bondir certains (attention à la retombée tout de même, surtout si vous vous trouvez sur un Bosu® ball…), certains auteurs n’hésitent pas à remettre en cause la conception d’une capacité d’équilibre général et à comparer l’entraînement sur surfaces instables à « une perte de temps » (Van Hooren, 2016) [ref]Van Hooren Bas (LinkedIn) : Balance training: A waste of time?[/ref]. Un brin provocateur ? Voyons ensemble.

Nous avons déjà tous entendu parler de Freeman et son célèbre plateau sphérique (photo 1) (les plus facétieux diront de ne pas confondre avec l’acteur américain ou le compositeur du groupe de rap marseillais IAM), sans forcément avoir eu la curiosité de se pencher sur la teneur de ses travaux réalisés dans le contexte du traitement des entorses de chevilles dans les années 1960 (pour les plus curieux : Instability of the foot after injuries to the lateral ligament of the ankle – Reflex innervation of the ankle joint). Et grâce auxquels la rééducation proprioceptive, abordée par les kinésithérapeutes, et dont nous nous inspirons, à vu le jour. L’idée était de suppléer le déficit des récepteurs ligamentaires par une stimulation accrue des FNM (fuseaux neuromusculaires ou muscle spindles en anglais), au travers des protocoles sur plans stables puis instables (Barsi, 2012) [ref]Barsi S. La proprioception – Principes fondamentaux de la rééducation proprioceptive. Sauramps Medical, 2012.[/ref]. Or, ce principe bien qu’il puisse paraître intéressant en théorie et en terme de résultats cliniques obtenus dans une approche rééducative, a en pratique, trouvé ses limites lorsqu’il est rapporté à l’amélioration de la proprioception et à une optique de performance.

Plateau de Freeman

Photo 1 – Plateau de Freeman

 

Rééducation, réathlétisation et surfaces instables 

« L’entraînement en instabilité est considéré comme bénéfique en tant qu’outil de rééducation » (Kohler, 2010) [ref]Kohler JM., Flanagan SP., Whiting WC. Muscle activation patterns while lifting stable and unstable loads on stable and unstable surfaces. J Strength Cond Res., 24(2):313-21, 2010.[/ref]. S’appuyant sur les travaux d’Anderson et Behm (2004, 2005) [ref]Anderson KG., Behm DG. Maintenance of EMG activity and loss of force output with instability. J Strength Cond Res., 18(3):637-40, 2004.[/ref] [ref]Anderson K., Behm DG. The impact of instability resistance training on balance and stability. Sports Med., 35(1):43-53, 2005.[/ref] [ref]Anderson K., Behm DG. Trunk muscle activity increases with unstable squat movements. Can J Appl Physiol., 30(1):33-45 2005.[/ref], Kohler et son équipe précisent « qu’un niveau équivalent d’activation musculaire peut se produire en utilisant moins de résistance, tout en sollicitant le tronc et les stabilisateurs articulaires pendant l’exercice ». Et tout les avantages que cela pourrait procurer dans la prise en charge d’un sportif ou d’une personne blessé(e) : l’entraînement avec des charges réduites sur une surface instable pourrait entraîner moins de forces de compression sur les segments du corps et donc engendrer moins de stress pendant la rééducation. La répartition des contraintes autour de l’articulation pouvant expliquer une augmentation plus ou moins importante de l’activité des muscles antagonistes (selon les auteurs) et surtout de celle des synergistes observées en contrepartie d’une diminution de la force produite (Behm et al., 2002; McBride et al., 2006) [ref]Behm DG., Anderson K., Curnew RS. Muscle force and activation under stable and unstable conditions. J Strength Cond Res., 16(3):416-22, 2002.[/ref] [ref]McBride JM., Cormie P., Deane R. Isometric squat force output and muscle activity in stable and unstable conditions. J Strength Cond Res., 20(4):915-8, 2006.[/ref]. Comme nous l’aborderons plus loin.

Dans la continuité des travaux de Freeman, McHugh et al. (2007) [ref]McHugh MP., Tyler TF., Mirabella MR., Mullaney MJ., Nicholas SJ. The effectiveness of a balance training intervention in reducing the incidence of noncontact ankle sprains in high school football players. Am J Sports Med., 35(8):1289-94, 2007.[/ref] ont mis en évidence l’utilité de protocoles d’entraînement en instabilité dans la prévention des blessures à la cheville, pour lesquels cinq minutes par jour suffiraient pour produire une réduction significative du risque de blessure(s) sans contact au cours d’une saison…

Un intérêt clairement identifié par les physiothérapeutes (et des concepteurs) dans le cadre d’une restauration des fonctions articulaires (Mori A., 2004) [ref]Mori A. Electromyographic activity of selected trunk muscles during stabilization exercises using a gym ball. Electromyogr Clin Neurophysiol., 44(1):57-64, 2004.[/ref] qui a grandement contribué à l’avènement et l’évolution des divers outils et procédés d’instabilité (Chanussot et Danowski, 2001) [ref]Chanussot JC., Danowski RG. Rééducation en traumatologie du sport. Membre inférieur et rachis (3ème édition). Masson, 2001.[/ref].
Plus que par la restriction des sollicitations articulaires avec les premiers modèles de plateau (de Castaing), puis l’évolution vers une forme tridimensionnelle avec les plateaux de Freeman (et plus récemment encore avec le concept Myolux : photo 2), sans compter tous les dispositifs gonflables comme le Bosu®, les coussins dits de « proprioception »…etc; c’est aussi et surtout en terme de recrutement neuromusculaire qu’un enrichissement a du être apporté (Barsi, 2012). Et l’intention que les praticiens ont eu, entre autre, d’inclure les techniques de PNF (Proprioceptive Neuro Facilitation) ou Kabat – approche manuelle qui consiste à précéder la contraction des muscles par leur mise en tension et un étirement bref (cela doit vous rappeler quelque chose : cf. partie 1) – Bobath ou Feldenkrais pour ne citer qu’elles, au préalable des exercices proposés sur différentes surfaces stables puis instables. En vue de « conditions de recrutement plus extrêmes » qui ne suffisent pas à la seule utilisation de ces surfaces ou matériels : le taux, la fréquence et la gravité encore importants des pathologies des membres inférieures malgré leur usage l’attestent, en particulier chez les sujets sains (Söderman et al., 2000; Konradsen, 2002; Verhagen et al., 2004) [ref]Söderman K., Werner S., Pietilä T., Engström B., Alfredson H. Balance board training: prevention of traumatic injuries of the lower extremities in female soccer players? A prospective randomized intervention study. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc., 8(6):356-63, 2000.[/ref] [ref]Konradsen L. Factors Contributing to Chronic Ankle Instability: Kinesthesia and Joint Position Sense. J Athl Train., 37(4): 381–385, 2002.[/ref] [ref]Verhagen E., van der Beek A., Twisk J., Bouter L., Bahr R., van Mechelen W. The effect of a proprioceptive balance board training program for the prevention of ankle sprains: a prospective controlled trial. Am J Sports Med., 32(6):1385-93, 2004.[/ref] .

Ajouté à cela, à l’instar des investigations de Ashton-Miller (2001) [ref]Ashton-Miller JA., Wojtys EM., Houston LJ., Fry-Welch D. Can proprioception really be improved by exercises? Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc., 9(3):128-36, 2001.[/ref] et nos constatations sur les latences du système neuromusculaire abordées en première partie, les travaux originels de Thonnard (1988) [ref]Thonnard JL. La pathogénie de l’entorse du ligament latéral externe de la cheville. Évaluation d’une hypothèse. Thèse en vue de l’obtention du grade de Docteur en réadaptation. Université Catholique de Louvain – Faculté de médecine – Institut d’éducation physique et de réadaptation, 1988.[/ref] grandement repris, ont montré que le laps de temps nécessaire à la survenue d’une lésion ligamentaire (≃ 30 ms) était très inférieur à celui de la réponse musculaire correctrice (≃ 60 à 70 ms) initiée par la boucle de rétroaction. Barsi expliquant que « la rééducation proprioceptive est souvent réduite à la notion de placement du patient dans des conditions de déstabilisations […] » et « il ne s’agit pas seulement de pousser sur le patient pour faire du proprioceptif et entraîner une contraction des muscles périarticulaires sans autres distinctions. […] de ces constatations est née l’idée de développer des réponses, anticipées, programmées à l’avance par un apprentissage dans des situations de plus en plus complexes et risquées » afin d’aider le patient à retrouver le sens proprioceptif sans lequel « la rééducation proprioceptive ne peut se concevoir ».

Concept Myolux

Photo 2 – Le concept Myolux gamme « medik » (Source : Myolux)

L’emploi des surfaces ou matériels instables qui a donc sa part belle dans une rééducation ou réathlétisation musculo-articulaire progressive et globale, reste toutefois fortement limitée pour ne pas dire inexistante pour la proprioception et donc la prédiction des accidents d’instabilité. « En s’entraînant simplement sur surfaces instables et autres, ne suffira pas à récupérer une fonction [musculo-articulaire] correcte » (Bosch, 2015) [ref]Bosch, F. Strength training and coordination: An integrative approach. Ten Brink, The Netherlands: 2010 Publishers, 2015.[/ref]. Aussi, le déficit de force produite et malgré la supposée activation musculaire lors d’exercices à faibles charges constaté lors de ces pratiques (Behm et al., 2010) [ref]Behm DG., Drinkwater EJ., Willardson JM., Cowley PM. The use of instability to train the core musculature. Appl Physiol Nutr Metab., 35(1):91-108, 2010.[/ref], si on s’appuie sur les observations scientifiques et la logique des préférences motrices, implique pour le système sensori-moteur d’accentuer les mécanismes de compensations (cf. partie 1). Et finalement, d’aller à l’encontre du but recherché lorsqu’elles sont systématiquement employées dans nos entraînements : (ré)équilibrer à défaut de pouvoir remédier à coup sûr, à une dysfonction musculo-articulaire. La présumée plus grande participation des muscles antagonistes et surtout des synergistes (hypothèse plus probable) constatée par Behm et al. (2002) [ref]Behm DG., Anderson K., Curnew RS. Muscle force and activation under stable and unstable conditions. J Strength Cond Res., 16(3):416-22, 2002.[/ref], comme les observations faites par Zemková (2016) [ref]Zemková E. Instability resistance training for health and performance. J Tradit Complement Med., 7(2):245-250, 2016.[/ref] concernant les effets de la fatigue lors d’un mouvement de chest press plus marqués sur un plan stable que sur un plan instable, soutiennent cette position. La praticité des surfaces instables sur une population saine étant sans fondement (Cressey et al., 2007; Kohler, 2010). A l’image des dernières études sur les entorses latérales de cheville (LAS : Lateral ankle sprain), les exercices sur surfaces instables ne ciblent pas la proprioception, bien au contraire : ils court-circuiteraient les informations sensorielles en provenance de la cheville et du pied (!)  (Kiers et al., 2012) [ref]Kiers H., Brumagne S., van Dieën J., van der Wees P., Vanhees L. Ankle proprioception is not targeted by exercises on an unstable surface. Eur J Appl Physiol., 112(4):1577-85, 2012.[/ref]. A quelques exceptions près, le pied est un peu le laissé-pour-compte du milieu de l’entraînement soit dit en passant…

 

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Renforcement musculaire et surfaces instables 

Kiers et ses collaborateurs, ont dès lors émis l’hypothèse que l’instabilité occasionnée par une surface instable obligeait le système nerveux central (SNC) à une réorganisation sensori-motrice : reporter la gestion de l’équilibre à l’étage sus-jacent, à savoir dans ce cas, la région lombaire. En effet, il est majoritairement admis que le travail en instabilité engage d’avantage les muscles abdominaux et posturaux (Anderson et Behm, 2005; Marshall et Murphy, 2005; Marshall et Murphy, 2006; Sternlicht et al., 2007; Behm et al., 2010) [ref]Marshall PW., Murphy BA. Core stability exercises on and off a Swiss ball. Arch Phys Med Rehabil., 86(2):242-9, 2005.[/ref] [ref]Marshall PW., Murphy BA. Increased deltoid and abdominal muscle activity during Swiss ball bench press. J Strength Cond Res., 20(4):745-50, 2006.[/ref] [ref]Sternlicht E., Rugg S., Fujii LL., Tomomitsu KF., Seki MM. Electromyographic comparison of a stability ball crunch with a traditional crunch. J Strength Cond Res., 21(2):506-9, 2007.[/ref].

Cette croyance assez répandue selon laquelle le moyen le plus efficace de recruter les muscles stabilisateurs du tronc ou du « core » (muscles des régions abdominale et lombo-pelvienne) est de réaliser les exercices traditionnels sur des surfaces instables; au vu des résultats mitigés obtenus au cours de différentes études, manque encore de preuves scientifiques concluantes (Lawrence et Carlson, 2015) [ref]Lawrence MA., Carlson LA. Effects of an Unstable Load on Force and Muscle Activation During a Parallel Back Squat. J Strength Cond Res., 29(10):2949-53, 2015.[/ref].

Pour illustration, ces différentes études citées ayant utilisé la même charge absolue dans toutes les conditions alors que la charge relative reste plus importante sur une surface stable comparée aux conditions sur une surface instable. Et pour la majorité d’entre elles, effectuées auprès d’une population non entraînée et même parfois « complètement déconditionnée » (Cressey et al., 2007). Sans parler des différentes modalités de placement et d’exécution (photos 3 à 6) qui restent discutables desquelles l’efficacité et les résultats obtenus dépendent irrémédiablement (Sternlicht et al., 2007). Ou de l’hétérogénéité dans la durée des expériences allant d’une session unique à six mois d’études (Aman et al., 2015) [ref]Aman JE., Elangovan N., Yeh IL., Konczak J. The effectiveness of proprioceptive training for improving motor function: a systematic review. Front Hum Neurosci., 8:1075, 2015.[/ref]. Un manque de pertinence que confient leurs auteurs eux-mêmes.

 

Pour Fowles (2010) [ref]Fowles JR. What I always wanted to know about instability training. Appl Physiol Nutr Metab., 35(1):89-90, 2010.[/ref], l’approche ne constitue pas la meilleure stratégie en toute situation. L’auteur qui s’appuie sur la prise de position de Behm et al. et de la Canadian Society for Exercise Physiology (2010) [ref]Behm DG., Drinkwater EJ., Willardson JM., Cowley PM. Canadian Society for Exercise Physiology position stand: The use of instability to train the core in athletic and nonathletic conditioning. Appl Physiol Nutr Metab., 35(1):109-12, 2010.[/ref] mentionne la propension d’un grand nombre d’entraîneurs, de coachs et d’athlètes à vouloir utiliser l’entraînement en instabilité de manière intensive dans le désir d’accentuer la difficulté des exercices de base comme par exemple les squats. Précisant que cela reste concevable, à condition que le niveau de stabilité et la technique concordent, l’exercice devant être adapté il va de soi. Il spécifie que la musculature du « core » (squelette axial et ses tissus mous) doit être entraînée en endurance, le renforcement musculaire, la force et la puissance envisagés au travers d’autres procédés et exercices plus adaptés.

Cressey et al. (2007) font remarquer dans le modèle des chaines cinétiques, l’importance de différencier : l’instabilité au niveau du pied qui requiert une surface stable dans la régulation du centre de gravité (CoM : Center of Mass ou CoP : Center of Pressure) [rejoignant les constatations de Ivanenko et al. (1999) [ref]Ivanenko YP., Talis VL., Kazennikov OV. Support stability influences postural responses to muscle vibration in humans. Eur J Neurosci., 11(2):647-54, 1999.[/ref] et Brumagne et al. (2008) [ref]Brumagne S., Janssens L., Knapen S., Claeys K., Suuden-Johanson E. Persons with recurrent low back pain exhibit a rigid postural control strategy. Eur Spine J., 17(9):1177-84, 2008.[/ref]] – pour assurer la transmission de ses informations sensorielles et de celles de la cheville au SNC – lors de la majorité des mouvements athlétiques en chaine cinétique fermée; et l’instabilité appliquée au niveau du tronc et surtout des bras plus sujets à être soumis à diverses situations de déséquilibre avec recherche d’une base de stabilisation (chaine cinétique ouverte). À cet égard, ils considèrent plus utile d’employer les surfaces instables comme par exemple un « stability ball » ou swiss ball pour renforcer la musculature du tronc et du haut du corps plutôt que pour les exercices ciblant les membres inférieurs, ce qui rejoint ce que nous avons vu plus haut. Tout en mettant en garde ces mêmes professionnels et coachs de la condition physique grands adeptes des surfaces instables : elles sont à consommer avec modération en dehors de toute rééducation ou réathlétisation. 

Martuscello et al. (2013) [ref]Martuscello JM., Nuzzo JL., Ashley CD., Campbell BI., Orriola JJ., Mayer JM. Systematic review of core muscle activity during physical fitness exercises. J Strength Cond Res., 27(6):1684-98, 2013.[/ref] au travers une revue de littérature, ont tenté d’identifier selon les résultats obtenus à l’EMG (électromyographie : ⚠️ une technique intéressante mais pas fiable à 100 %), les exercices les plus efficaces pour l’activation de trois muscles « posturaux » essentiels : lumbar multifidus, transverse abdominis, quadratus lumborum. Ces principaux muscles toniques riches en récepteurs proprioceptifs (notamment le multifidus) conditionnent la stabilité de la région lombo-sacrée qui joue un rôle clé dans le contrôle du bassin et de là, l’équilibre et la posture globale (cf. mon dossier sur le mal de dos et les lombalgies). Ils ont entre autre recensé une activité EMG plus importante des muscles multifides de la région lombaire durant les exercices avec charges libres qu’avec swiss ball ou avec Bosu (Willardson et al., 2009) [ref]Willardson JM., Fontana FE., Bressel E. Effect of surface stability on core muscle activity for dynamic resistance exercises. Int J Sports Physiol Perform., 4(1):97-109, 2009.[/ref]. Une activation similaire du muscle transverse durant des exercices de core stability et avec swiss ball. Pour le carré des lombes, aucune étude valide ayant été référencée. Les auteurs concluant l’intérêt supérieur des exercices polyarticulaires avec charges libres. 

Dans notre quête d’une stabilité optimale, Slijper et Latash (2000) [ref]Slijper H., Latash M. The effects of instability and additional hand support on anticipatory postural adjustments in leg, trunk, and arm muscles during standing. Exp Brain Res., 135(1):81-93, 2000.[/ref] avaient de leur côté, déjà étudié les effets de l’instabilité sur les ajustements posturaux anticipatoires (APA’s : Anticipatory Postural Adjustements) au niveau des muscles des jambes (tibialis anterior, soleus, rectus femoris, biceps femoris), du tronc (rectus abdominis, erector spinae) et des bras (biceps brachii, triceps brachii, flexor carpi radialis, extensor carpi ulnaris), lors d’actions de touché ou de saisie en station érigée.
Cela leurs avait permis d’examiner par EMG, plateforme de force et accéléromètre, différentes stratégies adoptées par les sujets de l’étude pour la régulation de leur centre de masse (cf. Homéostasie posturale, segmentaire et proprioception) à trois niveaux : musculaire (muscle isolé), articulaire (couple agoniste-antagoniste) et postural (muscles des jambes et du tronc). Partant du postulat que dans les conditions d’une approche systémique, le système nerveux central (SNC) ne contrôlerait pas les muscles isolément mais plutôt en tant qu’unités structurelles constituant un ensemble musculo-articulaire spécifique à une tâche; ils ont pu constater lors d’une action de touché, une diminution plus importante (que celle déjà établie) de l’activité posturale des muscles des jambes et du tronc en position debout sur une surface instable et peu de changements dans les muscles du bras. Aucune différence n’étant constatée lors d’une action de saisie dans les mêmes conditions, si ce n’est une augmentation significative de l’activité des muscles du membre supérieur. Il en ressort qu’au delà des diverses stratégies adoptées par chaque sujet dans ces conditions de tâches, l’étude confirme la fonction des muscles des jambes et du tronc pour la stabilité posturale – la gestion du centre de masse par le SNC durant les ajustements posturaux anticipatoires, étant  » le point le plus important » – et des muscles du bras pour la stabilité articulaire. Dans les deux cas, et malgré les faibles sollicitations employées, limite consentie par les auteurs à propos de leur étude, la coactivation musculaire semble être la stratégie privilégiée par les systèmes mis en jeu. Un argument en faveur des cocontractions induites par l’instabilité, c’est-à-dire au degré d’implication du ou des muscles agonistes et antagonistes sans lesquels la tâche ne pourrait être réalisée. Pour autant, et en plus de la réorganisation sensori-motrice mentionnée au début de ce paragraphe, cela pose de nombreux problèmes d’un point de vue de l’efficience musculaire, à commencer par la production force si nécessaire à la performance. 

Comme l’affirment Broussal-Derval et Delacourt (2015) [ref]Broussal-Derval A., Delacourt L. La proprioception : le développement des qualités neuromusculaires au service de l’équilibre. Ed. 4Trainer et FFVB, 2015.[/ref] se référant à l’étude de Kohler et al. (2010), « on parle souvent du travail de l’équilibre en appui sur surface instable. Pourtant dans la pratique sportive, c’est plutôt l’inverse qui est observé : il s’agit de manipuler des charges instables sur des appuis stables »; à l’exception bien entendu des disciplines de glisse (et encore… Behm et al., 2005 [ref]Behm DG., Wahl MJ., Button DC., Power KE., Anderson KG. Relationship between hockey skating speed and selected performance measures. J Strength Cond Res., 19(2):326-31, 2005.[/ref]) qui nécessitent de surmonter une charge stable sur une surface instable (ski alpin, ski nautique, wakeboard, voile, surf, hockey sur glace, beach volley, natation…). Et toutes les limites de l’entraînement en instabilité qui tendent à se confirmer tant au niveau proprioceptif qu’en terme de performance et de production de force tout particulièrement. Puisque « l’une des meilleures façons d’améliorer son équilibre, est d’améliorer sa force » (cf. Bosu squats vs Regular squats). Non ? 

 

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Performance et surfaces instables

McBride le résume ainsi : l’instabilité peut entraîner une augmentation de l’activité des muscles associés, mais n’induit pas de gains observables dans la production de force mesurée. Seulement, comme nous l’avons explicité dans la précédente partie du dossier, chaque contraction musculaire optimale sur laquelle repose l’efficience d’un pattern de mouvement nécessite une chaine de stabilisation.

Grand (2012) [ref]Grand JM. La proprioception – Proprioception et instabilité de la cheville du sportif. Sauramps Medical, 2012.[/ref] présente le paradoxe mécanique et la stabilité par la relation suivante :

« stabilité = verrouillage + mobilité »  

La stabilité articulaire, « un terme physiologique supplémentaire nécessitant une attention » que Riemann et Lephart (2002) définissent comme « l’état d’une articulation maintenant ou retrouvant rapidement un alignement approprié par une égalisation des forces ».

Il nous a paru important de mettre en avant ces deux conceptions pour mieux comprendre l’intérêt de la mobilité et des mécanismes de production de force (ici représentés par le verrouillage et qui sous-entendent le contrôle et la régulation du tonus musculaire) pour améliorer la stabilité et impliquer les facteurs proprioceptifs. Or, il n’y a qu’à se pencher sur les études pour comprendre qu’instabilité et production de force paraissent incompatibles (Behm et al., 2002; Anderson et Behm, 2004 (figure 6); McBride et al., 2006 (figure 7); Cressey et al., 2007; Behm et al., 2010) : ces derniers restent persuadés qu’au delà de l’intérêt du matériel d’instabilité pour les approches rééducatives comme la lombalgie et les avantages pour la santé et la variété qu’il peut amener, leur utilisation dans un programme d’hypertrophie, de développement de la force et de la puissance auprès d’athlètes entraînés n’est pas recommandée.

Attribuant à ces sollicitations sur surfaces instables, une altération du recrutement musculaire liée à l’excès de stress qu’oblige l’accentuation de l’instabilité et de la demande posturale (Behm et al., 2002). Une atténuation de l’amélioration des performances en saut et en sprints ayant été révélée suite à dix semaines d’entraînement du bas du corps sur un ou deux DynaDisc (Cressey et al., 2007). Ce qui contraste avec les nombreuses études ayant témoigné de l’efficience des surfaces stables dans l’amélioration du RFD sans compromettre les patterns de mouvements recherchés (Häkkinen et al., 2003) [ref]Häkkinen K., Alen M., Kraemer WJ., Gorostiaga E., Izquierdo M., Rusko H., Mikkola J., Häkkinen A., Valkeinen H., Kaarakainen E., Romu S., Erola V., Ahtiainen J., Paavolainen L. Neuromuscular adaptations during concurrent strength and endurance training versus strength training. Eur J Appl Physiol., 89(1):42-52, 2003.[/ref], mais conforte les suppositions de Kiers et al.

Anderson et al. (2004) ont rapporté que la force produite lors d’un développé couché dans des conditions instables était diminuée de 59,6 % par rapport à des conditions de stabilité. Il en découle qu’un support instable compromet l’expression de la puissance (= force*vitesse) produite lors de la phase concentrique d’un mouvement à mesure que la charge augmente. Et entraîne une importante diminution du niveau de force faisant suite à la libération de l’énergie stockée lors d’une pré-contrainte excentrique (Cressey et al., 2007). Ceci s’expliquerait par un allongement du délai de la phase d’amorçage du cycle étirement-raccourcissement (stretch-shortening cycle : SSC) – dont la majorité des mouvements sportifs réalisés à des vitesses élevées dépendent grandement – et donc un retard de la contraction musculaire (Zemková, 2016). Illustrant le peu d’effets mesurés dans des conditions d’instabilité pouvant s’expliquer par cette relation stimuli-réponse insuffisante pour induire des processus adaptatifs du système neuromusculaire (Behm et al., 2015) [ref]Behm DG., Muehlbauer T., Kibele A., Granacher U. Effects of Strength Training Using Unstable Surfaces on Strength, Power and Balance Performance Across the Lifespan: A Systematic Review and Meta-analysis. Sports Med., 45: 1645–1669, 2015.[/ref]. Une manière contre-productive de conditionner son athlète à devenir plus… l-e-n-t, et loin d’être « antifragile ». Sans parler de toutes les conséquences liées à l’augmentation des contraintes, répercussions immédiates d’un SSC plus long.

Behm et Colado (2012) [ref]Behm D., Colado JC. The effectiveness of resistance training using unstable surfaces and devices for rehabilitation. Int J Sports Phys Ther., 7(2):226–41, 2012.[/ref] qui estiment d’une manière générale à 29 % (une valeur plus proche des standards de la littérature) le déficit de force moyenne pour une même tâche réalisée sur une surface instable contre une surface stable. Pour Cressey et al., « il n’est donc pas déraisonnable de penser que les effets d’un tel entraînement puissent nuire à l’optimisation de la production de force lorsqu’il est appliqué durant une période prolongée. Bien que l’activation accrue de l’antagoniste puisse aider à maintenir la stabilité de l’articulation, elle peut être contre-productive dans les tâches de force et de puissance. Le couple de force développé par l’antagoniste diminue le couple total dans la direction désirée et, par une inhibition réciproque [on préfère le terme de régulation], peut nuire à la capacité d’un individu à activer complètement ses muscles agonistes ». Et tout ce que cela implique en terme de perte de mobilité, comme nous l’avons mis en évidence dans la partie Contrôle moteur, contrôle musculaire et proprioception

Ainsi, l’intégration d’un facteur d’équilibre dans ces types de programme ne peut donc pas fournir une charge suffisante pour l’hypertrophie et surtout le recrutement musculaire. Or, n’est-ce pas l’efficience de ce recrutement que l’on souhaite obtenir pour l’optimisation de la proprioception ? Et un peu comme un serpent qui se mordrait la queue, une diminution de la sensibilité proprioceptive d’un muscle (FNM) engendre une diminution de la capacité de production de force qui par le processus de coactivation musculaire, va induire une augmentation de la raideur passive de son antagoniste. Si vous voyez où nous voulons en venir.

Mean Maximal Isometric Contractions MVIC Force Between Stable And Unstable Protocols (Anderson Et Behm, 2004)

Figure 6 – Mean maximal isometric contractions (MVIC) force between stable and unstable protocols where the asterisk (*) signifies p , 0.01 (Anderson et Behm, 2004)

Mean Maximal Isometric Squat Force And Rate Of Force Development (RFD) In Stable And Unstable Conditions (McBride Et Al., 2006)

Figure 7 – Mean maximal isometric squat force and rate of force development (RFD) in stable and unstable conditions. * Significant (p  0.05) difference between stable and unstable conditions. (McBride et al., 2006)

 

Par conséquent, l’efficacité du travail en instabilité dépend de la population et des objectifs fixés : alors que son application lors des protocoles de rééducation nécessitant une restauration des fonctions articulaires parait pertinente, et nous le répétons encore, tout autant qu’elle semble l’être dans le cadre de la formation des jeunes athlètes sous certaines conditions (Behm et al., 2015), ou auprès des personnes âgées, sa transférabilité pour les disciplines sportives n’est pas prouvée et reste en suspens (Anderson et Behm, 2005). Ces mêmes auteurs qui jugent que l’impact sur l’équilibre de l’Instability Resistance Training « n’est pas clair » et questionne de son influence sur le moyen et le long terme.

D’une manière générale selon Kümmel et al. (2016), plus modérés, l’entraînement de l’équilibre aurait des effets positifs significatifs sur les populations saines concernant les tâches entraînées et n’aurait cependant que peu ou pas d’effets sur les autres modalités, indépendamment des similarités entre les tâches. Ajoutant que la non-transférabilité serait liée à une spécificité élevée des adaptations neuronales induites par l’entraînement. Leur méta-analyse bien que limitée en nombre d’études publiées, pose la question de l’absence de ces effets significatifs dans une grande partie de la littérature et y répondent par deux points : primo, une seule étude a étudié précisément la question (Giboin et al., 2015) [ref]Giboin LS., Gruber M., Kramer A. Task-specificity of balance training. Hum Mov Sci., 44:22-31, 2015.[/ref]; deuxio, la grande diversité méthodologique des protocoles induisent des résultats variés ce que nous révélions plus haut. 

Et tout l’intérêt de définir avec exactitude, en dépit du manque de données scientifiques pertinentes, les mouvements et position(s) à améliorer au regard de la spécificité de la discipline (si tel est l’objectif visé), tout autant que la pertinence des exercices proposés comme des tests et protocoles d’études à venir. En vue de valider ou de réfuter le bien-fondé de l’utilisation des surfaces instables pour une population sportive, Zemková (2016) concluant sur le déficit de puissance constaté avec les surfaces instables, une variation des effets selon : le type d’exercice, le dispositif utilisé, le niveau d’entraînement du sujet, le nombre de séries et de répétitions, la récupération… etc.

Indéniablement, si on applique ce principe de spécificité, l’efficacité des exercices de renforcement exécutés avec des équipements instables sur l’équilibre, la proprioception et le « core stability » nécessaires à une performance sportive réussie n’ayant à ce jour, ni été clairement démontrée ni prouvée; la méthode optimale pour favoriser l’amélioration de l’équilibre, la proprioception et la stabilité vertébrale pour une discipline donnée reste de pratiquer la technique sur la même surface que celle rencontrée en compétition (Willardson, 2004) [ref]Willardson JM. The effectiveness of resistance exercises performed on unstable equipment. Strength Cond J., 26(5):70–4, 2004.[/ref]. La coordination intermusculaire ne pouvant être maximisée qu’au travers le pattern de mouvement cible (Schmidtbleicher, 2004) [ref]Schmidtbleicher D. Training for power events. In: Komi PV, editor. Strength and power in sport. Oxford: Blackwell, p. 381–95, 2004.[/ref]. L’ensemble des résultats confortant les preuves antérieures du peu de transfert d’un équilibre statique vers un équilibre dynamique (Cressey et al., 2007). Et toute la réflexion à avoir et qui concerne la place centrale et les diverses implications de la qualité (physique) de force dans la performance (figure 8), qui s’ajoute aux recommandations de prudence et au recul à avoir quant à l’utilisation des surfaces instables appliquée à la préparation physique et d’une manière plus générale, aux entraînements.

Strength Is Specific In Many Different Ways Chris Beardsley

Figure 8 – Strength is specific in many different ways : différentes implications de la force. (Source : Strength & Conditioning Research – Chris Beardsley)

 

La proprioception, on l’a vu, se manifeste par le contrôle et la régulation de la posture et du geste avec lesquels elle fait le lien. De ce fait, n’est-ce pas par la recherche de stabilité au cours d’une variété de mouvements spécifiques à l’activité et selon les différentes modalités caractéristiques pour la production de force (type de surface, déplacement, position articulaire, vitesse, accélération, charge, intensité…) que l’on entraîne la proprioception ? Ajouté à cela notre conception du contrôle postural selon laquelle l’Homme n’est jamais en équilibre stable (cf. partie Homéostasie posturale, segmentaire et proprioception). Pourquoi dès lors vouloir nécessairement ajouter un matériel d’instabilité, d’autant plus accentué avec des situations en appui unipodal ? Et tout ce que cela peut comporter en terme d’informations supplémentaires à traiter… ou à rejeter, par le SNC et le système proprioceptif. Ce dernier rappelons le, reste avant tout un système de précision, l’objectif pour l’organisation sensori-motrice étant de produire par tous les moyens un mouvement le plus économique possible. Et finalement de se dire que l’entraînement en instabilité communément appliqué, c’est un peu comme si au jeu de fléchettes vous lanciez un tas en espérant que l’une d’elles touche la cible. Ou pique quelqu’un.

Dès lors, quelles perspectives pour l’entraînement de la proprioception ?

 

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Aspects pratiques et perspectives : comment aborder la proprioception dans vos entraînements ? 

Ergen et al. (2008) [ref]Ergen E., Ulkar B. Proprioception and ankle injuries in soccer. Clin Sports Med., 27(1):195-217, 2008.[/ref] soulignent à propos de l’entraînement proprioceptif (vous trouverez la définition plus bas) dans la manière dont il est envisagé dans de nombreuses pratiques sportives, le football notamment : dans une stratégie de prévention des blessures à long terme (pour les entorses de chevilles et les lésions aux genoux qui restent – logiquement – les blessures musculo-articulaires les plus courantes), il est particulièrement présent au cours de la préparation en pré-saison et dans la formation des jeunes athlètes.

Pour autant, et sans surprise après tout ce que nous venons de développer bien que ce ne soit pas la seule explication il en convient, cela n’empêche ni la récurrence (figure 9), ni les récidives (Arnason et al., 2004) [ref]Arnason A., Sigurdsson SB., Gudmundsson A., Holme I., Engebretsen L., Bahr R. Risk factors for injuries in football. Am J Sports Med., 32:5S–16S, 2004.[/ref].

Et pour répondre à notre question introductive de la partie 1 : à l’image des joueurs du Real Madrid de notre photo principale et de la vidéo ci-dessous, des joueurs de l’équipe de France et encore du badiste français; vous l’aurez compris, ils effectuent des exercices d’équilibre (réponse 4) dont les effets sont extrêmement limités pour la prévention des blessures (prophylaxie) et insignifiants pour la proprioception et la performance globale durable (formulation chère à Benjamin Del Moral).

 

Premier League Saison 2016:2017 : Statistiques Des Blessures De Plus De 10 Jours

Figure 9 – Premier League : statistiques des blessures de plus de 10 jours (saison 2016/2017) (Source : Premier Injuries)

 

Le recrutement (temporel et spatial) pour ne pas dire l’activation musculaire ne sont autres que la finalité de procédés clairement avancés par un grand nombre de protagonistes : la reprogrammation motrice, posturale ou neuromusculaire (RNM). Mais sommes-nous réellement capables de reprogrammer le système nerveux ? Au vu de ses capacités d’adaptations, de la plasticité du cerveau et des avancées dans le domaine, il semblerait que oui… mais attention aux dérives.

Bien entendu, il existe des techniques comme celles que nous avons par exemple évoqué dans ce dossier, ou d’autres utilisées depuis quelques temps déjà comme le Kinesio taping (KT) dont l’utilisation s’est répandue à la suite d’une distribution massive lors des Jeux Olympiques de 2008 (Beijing), et pour lesquelles les effets sont également évalués dans la méta-analyse de Ghai et al. (2017) [ref]Ghai S., Driller M., Ghai I. Effects of joint stabilizers on proprioception and stability: A systematic review and meta-analysis. Phys Ther Sport., 25:65-75, 2017.[/ref]. Sans compter les conceptions plus ou moins récentes et de plus en plus nombreuses qui s’inspirent des courants de la posturologie et des neurosciences. Bien évidemment, elles ne sont pas données à tout le monde puisqu’elles exigent tout autant de connaissances précises sur les approches neuroanatomiques qu’une parfaite maitrise des techniques pour lesquelles quelques heures de formation semblent parfaitement illusoires et mensongères pour remplacer des années d’études et de pratiques. (!) Quand ce n’est pas un titre, bien qu’éternel dilemme, il ne fait pas tout. Se former, être curieux et ouvert est une chose. Mais dans ce cas, et quand on a pas le recul nécessaire, il vaut mieux laisser faire les professionnels compétents (quand ils le sont), et arrêter de vouloir systématiquement se prendre pour des magiciens, des biomans ou tout autre super-héros à votre convenance, comme il y en a (et il y en aura toujours malheureusement). D’autant plus quand on joue avec le système nerveux, dont on ne peut maitriser toutes les réactions et avec lequel il convient de rester prudent et vigilant. La bourse ou la vie certains pourraient rétorquer, c’est bien ça le problème. Et toute l’importance de savoir bien s’entourer, d’être questionnant et pour nous professionnels, de collaborer efficacement ensemble sans se prendre pour d’autres.

Mais alors en perdant nos « supers pouvoirs », nous nous retrouvons totalement démunis ?

Dans la panacée des comics et des séries, souvenez vous de McGyver (désolé pour la référence). A tout problème, il trouvait toujours une solution. A nous de faire de même sans pour autant tomber dans le farfelu.

Suite aux différents aspects que nous venons de développer tout au long de ce dossier, voyons quelle pourrait être la manière d’appréhender au plus juste la proprioception dans nos prises en charge et nos entraînements. Pour ne pas employer le terme savamment répandu d’entraînement proprioceptif qui pourrait être définie comme « l’intervention qui cible l’amélioration de la fonction proprioceptive. Il se concentre sur l’utilisation de signaux somatosensoriels tels que des afférences proprioceptives ou tactiles en l’absence d’informations provenant d’autres modalités telles que la vision. Son but ultime est d’améliorer ou de restaurer la fonction sensori-motrice » (Aman et al., 2015). Pour autant, il paraît simpliste de considérer que l’absence d’informations ou le simple fait de fermer les yeux permettrait d’améliorer l’efficacité de ce type d’entraînement.

Voici donc la démarche que nous vous proposons et sur laquelle vous aurez tout loisir de réagir de manière constructive :

Avant d’en aborder les aspects relatifs à une rééducation ou réathlétisation, focalisons nous sur la manière de concevoir l’entraînement proprioceptif en préparation physique.

Partons du constat fait par Jerome Simian (2017) [ref]Simian J. Entraîneurs vs Préparateur physique – Principes généraux et application pratique. La revue de l’Association des Entraîneurs Français d’Athlétisme (AEFA), n°226:24-26, juin 2017.[/ref], préparateur physique en charge de plusieurs athlètes français, qui distinguait déjà dans la partie 1 la différence à faire entre position et posture : « Les meilleurs athlètes sont ceux qui maintiennent les meilleures positions soumis aux forces et aux vitesses les plus grandes, le plus longtemps possible si nécessaire ».

Dans cette optique, et en déduction de toutes les informations contenues dans ce dossier comme de la littérature scientifique utilisée, il s’avère que l’optimisation de la proprioception observe le même cheminement que la recherche du développement de la force, qualité centrale pour la performance. Puisque comme nous l’exprimions dans la précédente partie, en se rapportant aux propos d’Arnaud Ferec (2015) [ref]Ferec A. Proprioception, contrôle moteur et préparation physique. Site Xavier Barbier – Préparateur physique, 2015.[/ref], le contrôle musculaire est l’extension de la proprioception, essentielle à l’activité motrice. C’est surtout sur cet aspect que nous allons nous concentrer.

Notre champ d’action étant le système musculo-articulaire, cela paraît limpide, et plus précisément les fuseaux neuromusculaires (réflexe myotatique) qui jouent un rôle majeur dans la proprioception, le recrutement musculaire maintes fois exposé doit nous permettre, autrement que sur des surfaces instables qui n’ont dans ce cas aucun intérêt :

  • de réduire les latences proprioceptives,
  • d’optimiser les co-contractions agonistes-antagonistes en prévision des mouvements spécifiques réalisés à haute intensité.

Pour ce faire, outre l’amélioration de ce recrutement musculaire que l’on recherche, associée à la qualité contractile des muscles requise à une tâche quotidienne ou sportive dans des positions spécifiques, les paramètres de la proprioception pour le contrôle/la stabilité postural(e) et segmentaire, la mobilité et la motricité, et par ailleurs le bien-fondé de notre stratégie au travers desquelles nous devons être appliqués et minutieux :

  • la qualité des informations externes (exigences techniques, type de surface, feedbacks…) qui vont conditionner l’efficience des informations (internes) proprioceptives transmises par les récepteurs au SNC (notamment les FNM),
  • l’intensité (force, vitesse, amplitude, angulation, rythme…) de la ou des tâches réalisées. 

Puisque ne l’oublions pas la proprioception est un mécanisme de pro-action (mécanismes réactionnels), de pré-action (mécanismes anticipatoires) – d’où l’importance du contrôle de son corps – et de précision

Ainsi, « plus on place de tâches dans un exercice (technique, équilibre) et moins l’on produit de rendement musculaire. Donc plus l’exercice est complexe et moins il sollicite musculairement et spécifiquement. » (PRO-FTS™)

De la même manière comme le souligne Jerome Simian dans son approche des mécanismes de mise en tension-renvoi, dont la qualité s’illustre par la production optimale de force/vitesse, et qui dépend en partie du taux de développement de la force (RFD) : « il est illusoire de vouloir enseigner la technique d’un sport à vitesse réelle si l’athlète n’a pas la capacité physique d’adopter ces positions. L’athlète doit acquérir les compétences de base c’est-à-dire être capable d’arranger ses segments dans un certain nombre de positions fondamentales et communes à toutes les disciplines. L’étape suivante est de rendre l’athlète capable d’entrer dans ces positions très rapidement sans qu’elles ne se déforment sous l’action de forces importantes. Une gradation de forces est utilisée dans ce cas pour augmenter l’habileté de l’athlète à absorber de grandes forces. Ces forces sont nécessaires pour la restitution ultérieure. […] Enfin lorsque l’athlète assimile ces habiletés, vient le moment de la restitution des forces dans la partie productive, spectaculaire du mouvement […] Cette phase est caractérisée par des contraintes de temps de développement de forces minimum à la bonne performance […] » et « […] intimement liée à la réussite des précédentes. »

Sur ce dernier point vous remarquerez toute la pédagogie et la subtilité d’un entraîneur de haut niveau, au travers de laquelle il s’agit de déterminer le(s) bon(s) exercice(s) ainsi que la charge optimale (et non maximale : cf. relation force-vitesse et les travaux de Jean-Benoit Morin) qui permettra de produire la force nécessaire et suffisante à la réalisation d’une technique ou d’une gestuelle efficace, le plus rapidement possible avec le minimum de contraintes… le plus longtemps possible si nécessaire. Puisque c’est en cela que s’expriment la proprioception et son entraînement pour un sportif (de haut niveau).

En tous les cas, cela souligne une nouvelle fois la prépondérance des appuis (injustement laissés-pour-compte) dans le système postural (capteur podal), la proprioception, la performance et il va s’en dire, la gestion du risque de blessures. Vous me direz que cette manière d’entrevoir l’entraînement de la proprioception comme n’importe quelle qualité physique, en terme de progressivité et de spécificité paraît d’une logique implacable. Et finalement qu’il n’y a aucune raison d’en faire « tout un fromage ». Et pourtant, au vu de tout ce que l’on observe par le biais de vidéos diffusées sur les réseaux sociaux présentant des exercices toujours plus « fun » les uns que les autres, il semblerait que cela aussi ne coule pas de source pour tout le monde. Alors quid des surfaces instables… ?

NB : Vous pourrez toujours demander à Jerome si lui aussi, il a utilisé des surfaces instables pour permettre à Kévin Mayer de réaliser cet enchaînement fentes avec switch :

Après bien évidemment, que ce soit pour une préparation physique, une rééducation/réathlétisation d’un(e) jeune sportif/ve, d’un sportif blessé ou pour la petite dame du quartier, les exigences ne vont pas être les mêmes. Pour autant, une constatation essentielle concernant les latences proprioceptives prises en compte dans notre démarche et précisées par Barsi (2012) – comme elles ont pu être développées dans ce dossier – valable pour un grand nombre de cas mais souvent mises de côté : « Le temps de réaction des muscles est toujours supérieur au temps nécessaire à provoquer l’entorse, que cela soit au genou ou à la cheville. Le préréglage de la tension musculaire par la contraction anticipée protégeant l’articulation évite de se trouver en état de vulnérabilité. Dans ces conditions, la contraction musculaire doit être une attitude protectrice préventive de la situation créant une lésion et non pas un rattrapage du déséquilibre articulaire. L’efficacité de la rééducation proprioceptive passe par l’automatisation d’un comportement musculaire d’anticipation. » En d’autres termes, il faut (ré)apprendre à nos sportifs/patients à s’adapter à toute sorte de situations inédites, par la répétition de tâches et l’emploi de régime(s) de contractions adapté(s) réalisés à différentes intensités progressivement incrémentées, avec au préalable et en parallèle, si nécessaire, une « (ré)éducation » posturale.

Voyons notre champ d’action point par point :

  • A des fins de rééducation et surtout d’une réathlétisation en vue d’améliorer l’acuité proprioceptive et la réactivité articulaire chez un patient/sportif : ne vous cantonnez plus à de simples exercices « posturaux » réalisés de manière lente. Apportez y progressivement de la vitesse dans l’exécution des mouvements employés, les tâches devant être de plus en plus spécifiques et complexes à mesure que vous vous rapprochez de la phase ultime de la rééducation, ou du Return to Sport (RtS) si elle s’adresse à un(e) sportif/ve.
  • Pensez également à la Stimulation Vibratoire Transcutanée (SVT : si ça peut vous rappeler vos cours de biologie et de géologie) conçue par Jean-Pierre Roll, qui reste une technique peu utilisée bien que des études scientifiques en aient validé l’intérêt thérapeutique concernant notamment le retour à la compétition pour les sportifs. Procédé qui est au passage, utilisé dans le protocole d’étude de Kiers et al. (2012).
  • Puis, dans la continuité vers une préparation physique incluant une approche prophylactique, les activités proposées doivent se concentrer sur des changements soudains dans le positionnement articulaire qui nécessitent un contrôle réflexe neuromusculaire. Et se focaliser prioritairement sur les différentes phases de réception lors de la marche, de la course et des sauts, des phases particulièrement propices aux blessures des membres inférieurs (Kynsburg et al., 2006) [ref]Kynsburg A., Halasi T., Tállay A., Berkes I. Changes in joint position sense after conservatively treated chronic lateral ankle instability. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc., 14(12):1299-306, 2006.[/ref]. Ou encore des déplacements au sol, des changements de direction (CODs), des mouvements gymniques, des lancers et des réceptions avec des charges variées, à différentes vitesses et angulations; permettant d’imposer différents niveaux d’instabilité, et avec le temps, un effet d’entraînement qui permet à un athlète de mieux retrouver la stabilité dans les contextes athlétiques (Cressey et al., 2007). Tout l’intérêt, dans ce contexte, de proposer des exercices pliométriques, étape aussi essentielle que risquée si elle n’a pas été bien préparée. Ce qui, d’après les propos de Guy Ontanon, entraîneur d’athlétisme reconnu, est encore trop souvent le cas.

Préparation à l’entraînement proprioceptif

  • Ainsi avant toute chose, les premières questions à se poser sont : à quel public ou sportif s’adresse-t-on et quels sont ses objectifs ? Rééducation-réathlétisation ou préparation physique ?
  • Ensuite, comme avant toute intervention et je ne vous apprends rien en disant cela, il est primordial de questionner, d’observer et d’évaluer (dans la mesure du possible) votre patient/athlète afin de déterminer son profil, ses points forts, ses points faibles (son facteur limitant pour faire plaisir à Jerome) : tout autant sa posture globale et segmentaire en statique et par dessus tout en dynamique lors de la réalisation de mouvements de base ou des mouvements spécifiques sur surfaces stables. Puisqu’aborder la proprioception, c’est d’abord considérer l’intégrité de l’ensemble des structures musculo-articulaires par la posture, la position et la motricité au travers desquelles elle s’exprime.
    Dans ce cadre, un bilan ostéopathique/posturologique et la détermination du profil musculaire semblent incontournables. Adressez-vous aux professionnels compétents si nécessaire (médecins, kinésithérapeutes, ostéopathes…).
  • Matériels et procédés d’évaluation (liste non-exhaustive) : plateforme de stabilométrie, testing musculaire manuel, isocinétisme, slope-box test, Beast sensor, Gymaware, tensiomyographie (détermination du profil musculaire)… etc.
  • En terme d’analyse ou de diagnostic, Arnaud Ferec « propose d’évaluer la proprioception par la capacité à produire de la force musculaire en course interne (figure 10) ou au plus proche afin de se focaliser sur l’action des fuseaux neuromusculaires qui vont produire des informations. En effet, l’application d’une force en course interne ou à proximité va avoir pour effet d’étirer les fibres musculaires et donc de stimuler les fuseaux neuromusculaires. »

Course Musculaire Interne Moyenne Externe

Figure 10 – Exemple de courses musculaires

  • À partir de là, les choix vont se porter sur les modalités de contraction musculaire à employer et surtout sur la manière de les agencer pour parvenir à optimiser le recrutement musculaire des zones cibles dont l’activation est primordiale pour la proprioception. Mais également pour l’efficience des cocontractions agoniste(s)-antagoniste(s) essentielles à la réalisation et à la régulation du/des mouvement(s) souhaité(s). Qui dit mouvement dit nécessairement production de force (au sol particulièrement) qualité centrale pour la performance… et pour la proprioception. Mais n’oublions pas que « sans maitrise, la puissance n’est rien » et toute l’importance encore une fois, du contrôle que l’on doit avoir. Puisqu’il est fondamental de produire du mouvement tout en réduisant la quantité de perturbations et de contraintes préjudiciables à la performance et pouvant être des facteurs de blessures. Là encore, il convient de respecter une progressivité tout autant valable pour une rééducation/réathlétisation qu’une préparation physique.
  • En vue justement d’une recherche d’activation ou de recrutement musculaire, en veillant à minimiser les compensations néfastes et outrepasser les restrictions précisées dans ce dossier, et sans contraindre les structures physiologiques comme cela peut être le cas lors de mouvements « forcés », l’isométrie reste une méthode avantageuse pour ne pas dire incontournable avant chaque séance, ou au cours d’une ou plusieurs sessions selon les besoins. « La méthode d’entraînement la plus méconnue » pour reprendre le titre de l’article de Christian Thibaudeau vers lequel je vous renvoie, qui peut parfaitement précéder les sollicitations concentriques en course interne (citées plus haut) afin de cibler plus précisément l’action des FNM.
  • Avant de poursuivre vers des modalités excentriques qui restent essentielles pour préparer les structures musculo-articulaires aux contraintes plus extrêmes notamment rencontrées à l’entraînement (situations pliométriques par exemple, que nous abordions plus haut) mais aussi et surtout, en compétition. Ce que me confirmais encore récemment, de par ses observations de terrain, un médecin affilié à la Fédération Française d’Athlétisme (FFA).

Quelques recommandations et exemples de situations : 

  • L’approche progressive et durable (> 6 semaines ?) d’une combinaison de mouvements passifs et actifs avec et sans feedback(s) visuel(s) resterait la plus bénéfique pour une rééducation d’une large population clinique souffrant d’un déficit proprioceptif de nature neurologique ou musculo-squelettique (Aman et al., 2015). Elle est selon Lephart et al. (1997) [ref]Lephart SM., Pincivero DM., Giraldo JL., Fu FH. The role of proprioception in the management and rehabilitation of athletic injuries. Am J Sports Med., 25(1):130-7, 1997.[/ref] considérée comme la première des quatre étapes (objectifs) de la restauration progressive proprioceptive et du contrôle neuromusculaire chez un athlète, suite à une blessure (afin de récupérer et de retrouver) : 1) le sens de la position articulaire, 2) la stabilisation dynamique de l’articulation en stimulant la coactivation musculaire par utilisation de charges instables, 3) la réactivation du contrôle neuromusculaire par l’intermédiaire d’exercices pliométriques, 4) les activités/tâches fonctionnelles spécifiques. La priorité étant d’encourager la décharge maximale des afférences au niveau du SNC afin de stimuler les récepteurs musculo-articulaires et d’intégrer les trois niveaux de contrôle moteur dans les activités visant aux remédiations et à l’amélioration de la proprioception (Ergen et Ulkar, 2008).
  • L’utilisation des charges instables, citées dans l’étape 2 du protocole de Lephart et al. et étudiées par Lawrence et Carlson (2015) (photo 7) pourrait être une nouvelle piste de travail : « l’aspect spécifique, cumulé à une baisse de la charge externe en kilogrammes et à une augmentation de la concentration pourraient en faire un outil particulièrement pertinent lors des périodes d’approche compétitives, et compléterait avantageusement le travail de puissance pour un transfert optimal » (Broussal-Derval et Delacourt, 2015). A discuter.  

Exemple De Charges Instables Poids Suspendus Par Des Bandes élastiques (Lawrence Et Carslon, 2015)

Photo 7 – Exemple de charges Instables. Poids suspendus par des bandes élastiques. (Lawrence Et Carslon, 2015)

  • Le développement de la fonction motrice au niveau du tronc cérébral, peut être obtenu en effectuant des exercices sollicitant la posture et l’équilibre. Dans un contexte plus « sport-specific » pour aborder l’instabilité, songez aux exercices unilatéraux et/ou en appui unipodal sur surfaces stables (Cressey et al., 2007). La finalité étant de chercher à améliorer la réactivité musculaire et motrice et la diminution des temps de réaction par la répétitions de situations variées, pouvant permettre au cortex cérébral de déterminer le modèle moteur le plus efficient et de diminuer potentiellement le temps de réponse réflexe pour corriger une perturbation, qui reste une des problématiques non résolues dans la genèse des blessures au cours de la pratique des sports à haute intensité.
  • De là, et pour être au plus proches des contraintes rencontrées dans la pratique compétitive, imposer un temps imparti à la réalisation d’une tâche donnée peut forcer l’athlète à générer consciemment la co-activation musculaire et aboutir à ce que Bas Van Hooren définit comme le « preflex control » (figure 4 : cf. partie Coactivation musculaire, réflexes et proprioception)
  • Concernant la durée et la fréquence optimales pour les entraînements proprioceptifs, elle semblerait être de 6 semaines sans pour autant être confirmée puisque des effets ont pu être décelés après 45 minutes d’une séance unique. Vous trouverez dans l’encadré ci-après les recommandations de Ergen et Ulkar. En définitive sur ce dernier point, si vous souhaitez apporter une plue-value dans votre manière d’aborder la proprioception, gardez à l’esprit que comme elle qui requiert des informations précises, elle doit être entraînée avec PRÉ-CI-SION.
  • Des situations proprioceptives sont plus adaptées à certaines classes d’âge qu’à d’autre. En conséquence, adaptez la planification à long terme (Broussal-Derval et Delacourt, 2015).
  • Nous en parlions dans la présentation de notre démarche : l’art du coaching et toute l’importance des exercices choisis mais surtout des consignes et des explications que vous transmettez à votre athlète pour améliorer son apprentissage, favoriser son ressenti et maximiser la conscience de son corps. La fameuse connexion du corps et de l’esprit, en un simple terme : la pédagogie. A ne négliger aucunement, et peut-être ce qu’il y a de plus important à retenir. Puisqu’elle est selon Simian, « la formation de l’intention de l’action prochaine ».
  • Et un précepte au développement de l’attention et de la vigilance de l’athlète dans sa capacité à sélectionner et à traiter les informations pertinentes de manière efficiente : un axe fondamental à approfondir continuellement…
  • Tout cela dans l’intérêt majeur de nos patients/athlètes et la formation des sportifs de demain. Paris 2024 (entre autre) n’est finalement pas si loin.

Recommandations pour l’entraînement proprioceptif (selon Ergen et Ulkar, 2008) :

  • Nombre d’exercices : 2-5
  • Nombre de répétitions : 10-15
  • Nombre de séries : 1-3
  • Durée totale de l’entraînement : prévention <5-15 minutes> rééducation/réathlétisation 
  • Fréquence hebdomadaire : 3-5

 

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Vous serez certainement nombreux à constater que cet article est à contre-courant des croyances actuelles sur la proprioception et l’utilisation des surfaces instables. Et vous pourrez ne pas être en accord avec ce qui est écrit et avancé, malgré les nombreuses justifications et références sur lesquelles nous nous sommes appuyés. En toute franchise, c’est le jeu. Pour autant, les idées sont fondées et tout professionnel qui se considère comme tel ne doit passer outre. La créativité est une chose, mais il y a des limites. Comme à mon habitude, j’aime pousser à la réflexion et à l’échange, ce qui pour certains, limités sur ces deux aspects semble-t-il, s’apparente à de la « branlette intellectuelle ». Au final, l’idée n’est pas tant de savoir dans quelle catégorie l’on se classe : pro ou anti-instabilité; mais bien de savoir pourquoi on l’utilise et si tel est le cas comment on l’applique. Bien entendu, dans un principe de rééducation, réathlétisation et de variabilité des contenus proposés, surtout pour une population « générale » ou de sportifs occasionnels ayant des objectifs de santé plus que de performance; ou pour envisager une discipline où l’instabilité est inhérente à sa pratique, les différents « joujous » comme parfois on les nomme, peuvent avoir leur intérêt. Dans d’autres circonstances nettement moins, voire aucun pour les avis plus tranchés. Au final, suivre une tendance est une chose. La comprendre en est une autre. Pour les sceptiques qui ont à charge des sportifs ayant des objectifs de performance, je leurs dédie ces mots : si vous voulez continuer d’imaginer que le simple fait d’effectuer des exercices sur des surfaces instables va permettre à vos athlètes d’améliorer leur équilibre global, leur performance sportive et contribuer à une réduction du risque de blessures. Et par dessus tout à faire de la proprioception, c’est votre choix. « Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis », dit-on. Ce n’est que le mien, comme dirait un certain Stéphane Morin. Mais à force de prendre vos sportifs pour des « clowns de cirque » afin de rester dans la tendance, conforter votre ignorance ou amuser la galerie en quête de petits pouces bleus, ne vous étonnez pas si un jour on vous propose à dîner un mercredi soir. Pour les amateurs, on apportera le « fromage » et rassurez-vous, également le dessert… Et nous remettrons le couvert si nécessaire.

 

Olivier Allain

 

N’hésitez pas à réagir et à discuter de cet article en laissant un commentaire.


Références

  1. Aman JE., Elangovan N., Yeh IL., Konczak J. The effectiveness of proprioceptive training for improving motor function: a systematic review. Front Hum Neurosci., 8:1075, 2015.
  2. Anderson KG., Behm DG. Maintenance of EMG activity and loss of force output with instability. J Strength Cond Res., 18(3):637-40, 2004.
  3. Anderson K., Behm DG. The impact of instability resistance training on balance and stability. Sports Med., 35(1):43-53, 2005.
  4. Anderson K., Behm DG. Trunk muscle activity increases with unstable squat movements. Can J Appl Physiol., 30(1):33-45 2005.
  5. Arnason A., Sigurdsson SB., Gudmundsson A., Holme I., Engebretsen L., Bahr R. Risk factors for injuries in football. Am J Sports Med., 32:5S–16S, 2004.
  6. Ashton-Miller JA., Wojtys EM., Houston LJ., Fry-Welch D. Can proprioception really be improved by exercises? Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc., 9(3):128-36, 2001.
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Internet

Bas Van Hooren (LinkedIn) : Balance training: A waste of time?

Chaîne YouTube Académie de la Cheville : Equilibration sur surface instable et proprioception de cheville : une relation pas si claire

SimpliFaster Blog (Bob Alejo) : Nailing the Coffin Shut on Instability Training Ideas

Site Xavier Barbier – Préparateur physique : La vérité à propos de l’entraînement sur surfaces instables

Site Xavier Barbier – Préparateur physique (Arnaud Ferec) : Proprioception, contrôle moteur et préparation physique

Strength & Conditioning Research (Chris Beardsley) : Why are strength gains stability-specific? (strength is specific)

Strength Sensei (Charles Poliquin) : L’entraînement proprioceptif, oui ou non ?

Thibarmy (Christian Thibaudeau) : Isometrics: the most underrated training tool


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Enquête sur l’industrie du Fitness : l’envers du décor

Lors d’une formation en Suisse, nous étions tombés par hasard sur cette enquête abordant le marché du Fitness. Un document extrêmement riche et instructif, paru le 29 septembre 2016 dans le magazine L’Hebdo. Un magazine qui a malheureusement disparu depuis et son site internet avec. J’ai réussi à récupérer le document que j’ai souhaité partagé avec vous… 

Extrait :

Sven est loin de s’en douter, mais la mésaventure si typique de son abonnement de fitness intrigue depuis très longtemps une poignée d’économistes. Leur champ d’étude: l’économie comportementale. […] En théorie, les consommateurs ont une attitude rationnelle et dépensent leur argent de la manière la plus efficace possible. Mais si tel est le cas, pourquoi des millions de personnes à travers le monde souscrivent-elles de coûteux abonnements de fitness, le plus souvent pour une durée d’un an, alors qu’une grande partie d’entre elles cessera de s’y rendre en moyenne après trois mois?

Retrouvez l’intégralité de l’enquête en cliquant ici.

Bonne lecture. 

 

Enquête Sur L'industrie Du Fitness

Enquête Sur L'industrie Du Fitness 2

Enquête Sur L'industrie Du Fitness 3

 


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Il était une fois… la proprioception (partie 1)

La proprioception, terme largement répandu dans les milieux médical et sportif, paraît pour beaucoup être une évidence. Pourtant face à la multitude d’explications pour tenter de la définir, et paradoxalement, de méthodes assez similaires pour l’entraîner, il semble y avoir anguille sous roche. Effectivement si on creuse, on constate que peu de kinésithérapeutes, praticiens, entraîneurs, coachs, préparateurs physiques… savent précisément la définir et de là, la prendre en charge ou l’entraîner comme elle devrait. Pour Alain Berthoz, ingénieur et neurophysiologiste français, membre de l’Académie des sciences, elle reste un « sens très mal connu […] très à la mode, et très commode… pour dissimuler notre ignorance ».

Vous souhaitez en savoir plus ?

Retrouvez l’intégralité de cette première partie consacrée à la définition et aux aspects théoriques de la proprioception : cliquez ici.

Il était Une Fois... La Proprioception Balance Real Madrid Football

 

Une nouvelle collaboration signée Sci-Sport.

Logo Sci-Sport

 


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Mal de dos et Lombalgies : Action et vérités

La récurrence du mal de dos et des lombalgies perdure dans un contexte environnemental mêlant sédentarisme et excessivité. Ce mal du siècle qui affecte toutes les catégories de la population, continue d’alimenter les rubriques et les conseils sport et santé. La multitude d’informations souvent simplistes et peu fiables qui circulent n’aidant pas à s’y retrouver. Face à la complexité de ces pathologies, les acteurs mêmes qui sont en première ligne (médecins, rhumatologues, kinésithérapeutes, coachs…) se retrouvent totalement démunis et rares sont ceux qui sont capables de proposer encore aujourd’hui, des solutions réelles et efficientes. Devant ce grand chambardement, et sans prétention aucune, nous avons décidé en collaboration avec Sci-Sport de nous pencher sur le sujet.

Un dossier que vous pouvez retrouver en intégralité en cliquant ici.

 

Le Mal De Dos Sci Sport Olivier Allain

Les Lombalgies Sci Sport Olivier Allain

 


Quelques mois après la publication de cet article, et dans le cadre des missions de l’Assurance Maladie, les branches maladie et risques professionnels ont lancé en novembre 2017, une campagne nationale d’information sur la lombalgie et sa prévention : Mal de dos ? Le bon traitement, c’est le mouvement. Espérons que cela fasse évoluer les mentalités et bouger les choses dans le bon sens.

 

Olivier Allain

 

La parole est à vous...

Olivier Pauly, entraîneur de haut niveau en athlétisme, préparateur physique, enseignant, auteur

Olivier Pauly Et Son Athlète Anouk Forafo

« Bravo Olivier pour cet article dans lequel les nombreuses données théoriques apportent un éclairage très intéressant. » 

 

Cyrille Gindre Volodalen

Cyrille Gindre, entraîneur, chercheur, auteur et fondateur de Volodalen

« Bravo pour cet article remarquable. Il y aurait pas mal à échanger sur de nombreux points avancés. Mais pourquoi pas un jour de vive voix. »

 

 

 

 

 

 

 

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Forme, santé et préparation physique : quels sont les intérêts du Fitness Trampoline ?

À l’image du Centre Indoor 45 – Trampoline Park, le plus grand espace de loisirs indoor en Europe créé par Christian Short (1), la pratique physique sur le trampoline (à l’instar du Fitness Trampoline, activité phare de la structure), est en passe de connaitre un succès considérable. Au regard des nombreux bénéfices physiques et physiologiques que cette activité « fun » semble apporter cela n’est pas surprenant. Loin d’être un effet de mode. Découvrons pourquoi …

 

 

Historique

Etats-Unis, là où tout a commencé

Le trampoline moderne est créé par un américain dans les années 1930. Durant la seconde guerre mondiale, l’école de l’US Navy l’utilise pour développer un programme d’entraînement afin d’améliorer l’orientation de ses futurs pilotes et navigateurs. En 1980, la NASA reprend le programme et missionne un groupe de chercheurs (Bhattacharya et al.), pour évaluer l’impact du « rebounding » contre le déconditionnement physique subit par les astronautes au cours des missions spatiales, et pour mesurer son action sur leurs paramètres physiologiques. Elle reste à ce jour une des plus importantes études réalisées sur le sujet. Dans le même temps, un trampoliniste professionnel publie un ouvrage vantant les mérites de cette pratique sur la santé (Carter, 1981).

En France, le mini-trampoline d’abord utilisé comme outil de rééducation

Outre les trampolinistes de cirque ou de compétition, les premiers à utiliser le modèle réduit (mini-trampoline) dans un cadre thérapeutique sont les kinésithérapeutes. Effectivement, il est un outil bénéfique dans toutes les rééducations post-traumatiques des membres inférieurs (entorses de cheville (Kidgell et al., 2007), fracture, rupture LCA …) et dans la prévention de ces pathologies (Braun Ferreira et al., 2011).

puis la pratique est introduite dans le Fitness

Sous les influences outre-Atlantique (encore une fois), c’est dans les années 2010 que le mini-trampoline fait sa première apparition dans le Fitness en France. Avec le courant du « rebounding », le Jumping® concept créé en 2001 en République Tchèque, est actuellement en plein développement.

Plus impressionnants encore, les premiers centres équipés de parc de trampolines (« trampoline park ») pouvant atteindre plusieurs milliers de mètres carrés apparaissent également en France. C’est le cas d’Indoor 45 situé à Lyon (Rilleux) qui compte 2000 m2 de surface « rebondissante » et en fait actuellement le plus grand trampoline park d’Europe.

 

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Rebounding NASA

Figure 1 – Entrainement sur trampoline (« rebounding ») d’un astronaute de la NASA

 

« Rebondir est 68% plus efficace que le jogging »
(selon l’étude menée par la NASA publiée dans le Journal of Applied Physiologie)

 

Fitness Trampoline : quels intérêts ?

Outre le plaisir de vouloir rebondir et tout l’aspect ludique que cela engendre, il faut savoir d’un point de vue purement physique qu’en rebondissant, notre organisme est soumis à la combinaison simultanée de trois forces : l’accélération et la décélération du saut ainsi que la gravité. Voyons les avantages du point de vue physiologique : 

Certains bienfaits cités sont directement liés à la pratique physique (régulière et adaptée) : 

  • Amélioration de la capacité cardio-respiratoire et de l’endurance générale (prévention des maladies cardio-vasculaires) qui sont fonction de l’intensité de la pratique (Smith et al, 1995).
  • Optimisation du transport d’O2 vers les tissus et les cellules notamment musculaire (amélioration plus ou moins importante de V02 max).
  • Diminution de la pression artérielle.
  • Amélioration de la récupération.
  • Amélioration des échanges cellulaires de l’organisme.
  • Augmentation de l’activité fonctionnelle de la moelle osseuse dans la production de globules rouges.
  • Amélioration de la circulation lymphatique et sanguine.
  • Stimulation du métabolisme : abaissement des taux de triglycérides et de cholestérol.
  • Amélioration du système immunitaire, du processus d’élimination des toxines et du transit intestinal.

En outre la pratique sportive d’une manière générale permet de

  • Mieux lutter contre le stress.
  • Réduire les effets de la fatigue.
  • Ralentir le vieillissement.
  • Réduire la masse graisseuse et augmenter la masse maigre.
  • Entretenir sa forme et sa santé.

D’autres bienfaits, de par leur concomitance sont spécifiques à la pratique du Fitness Trampoline :

  • Renforcement musculaire général : et notamment des muscles posturaux (érecteurs du rachis), de la ceinture abdominale et lombaire, de la ceinture scapulaire …
  • Equilibration musculaire : sollicitations des muscles agonistes, antagonistes et des chaines musculaires.
  • Amélioration du tonus musculaire. 
  • Amélioration de l’équilibre (Kigdell et al., 2007).
  • Amélioration de la souplesse et de la mobilité.
  • Amélioration de l’extensibilité (compliance) musculaire.
  • Amélioration de la coordination.
  • Permet de soulager les douleurs du cou et du dos, des maux de tête, et toute douleur causée par le manque d’exercice (effet analgésique).
  • Favorise la croissance du corps et le processus de régénération.

 

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Trampoline Fitness Jump

Figure 2 – Phase de suspension lors d’un « twist » 

 

La pratique physique sur trampoline présenterait une réduction de 80% des contraintes musculo-articulaires par rapport aux mêmes sollicitations sur surface dure.

 

Fitness Trampoline : quels inconvénients ?

Les nouvelles structures comme Indoor 45, proposent un matériel d’une grande qualité et d’une grande fiabilité. Donc peu de risques de se blesser encore moins avec la présence d’encadrants et de coachs présents pour l’éducation à la pratique (figure 3) (Arora et al., 2016; Nysted et al., 2006). Les trampolines actuels n’ont plus rien à voir avec les anciens modèles qui ont notamment fait la part belle à de nombreux détracteurs de la discipline (Torg et al., 1985; Silver et al., 1986).

 

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Pour les personnes présentant une fragilité tendineuse, ligamentaire ou périnéale rien ne vous empêche de vous adonner au Fitness Trampoline 1 à 2 fois par semaine. Attention toutefois à la pratique excessive.

En ce qui concerne les femmes en période post-partum, vous devez, si nécessaire, avoir accompli votre rééducation auprès de votre kinésithérapeute ou en avoir l’aval. 

 

Nicolas Petavy

Figure 3 – Nicolas Petavy (2), encadrant principal du Trampoline Park Indoor 45

 

Conclusion

L’ensemble des bénéfices apporté par la pratique régulière du trampoline au niveau musculaire, postural, équilibroception*, coordination, souplesse (… etc), lui confère un intérêt tout particulier non seulement en rééducation et réathlétisation (comme nous l’avons précédemment vu), mais également en tant que pratique sportive à part entière ou en complément d’une activité, dans une approche prophylactique ou dans le cadre d’une préparation physique. 

Sans oublier le côté ludique de l’activité qui s’ajoute aux moindres contraintes subies par l’organisme, et la particularité de n’avoir besoin d’aucune compétence spécifique, seulement de vouloir rebondir en étant libre de ses mouvements. Le trampoline et plus particulièrement le « Fitness Trampoline » s’adresse à tout le monde.

Alors qu’attendez-vous pour venir essayer ?

 

*Concept définit par D. Reiss et P. Prévost comme l’ « ensemble des informations liées à l’équilibration et à la proprioception qui permet de gérer l’équilibre auquel s’ajoutent les informations vestibulaires. »

 

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Olivier Allain

 

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(1) Christian Short est un ancien rugbyman professionnel passé notamment par le CA Brive-Corrèze et le LOU Rugby où j’ai eu la chance de le côtoyer. Nous nous sommes ensuite retrouvés au CS Vienne rugby. C’est donc tout naturellement qu’à sa demande, j’ai accepté de rejoindre le projet Indoor 45 en tant que responsable du secteur Fitness et Musculation. Un projet passionnant et ambitieux à la mesure de « Shorty », une aventure dont je suis très heureux de faire partie.

(2) Nicolas Petavy est un gymnaste et trampoliniste professionnel qui accorde toutes ses compétences et son expérience à l’encadrement de l’Indoor 45 – Trampoline Park. 
Son palmarès : plusieurs titres de champion Rhône-Alpes, 6ème au championnat de France individuel et dernièrement 3ème au championnat de France par équipe.
Il concourt actuellement pour tenter de participer au Championnat de France synchronisé.


Références

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Copyright © – L’ensemble des publications relève de la législation française sur le droit d’auteur et la propriété intellectuelle. Tout partage d’idées ou de contenus d’un article doit obligatoirement être accompagné d’un lien nominatif vers celui-ci. Toute copie partielle ou intégrale sous quelque forme que ce soit (site internet, forum, séminaire, formation, format papier …) ne peut-être autorisée que suite à un accord préalable écrit de Olivier Allain – 




Coach sportif ou préparateur physique ?

À l’heure actuelle où un grand nombre de « coachs » sont présents sur le marché du fitness, de la remise en forme et de la préparation physique, une question revient souvent : qu’est ce qui différencie un « coach sportif » d’un « préparateur physique » ?

 

Il faut savoir que la formation continue d’un coach sportif est plus courte (bac+2) alors que celle d’un préparateur physique peut aller, selon le cursus, jusqu’à au moins cinq années d’études après le baccalauréat.

La destination première du métier de coach sportif est la prise en charge et l’accompagnement d’une population sportive ou non, dans un objectif de reconditionnement et d’entretien physique, en salle ou en extérieur.

Le métier de préparateur physique consiste à prendre en charge un/une athlète ou une équipe sportive, de niveau amateur, semi-professionnel ou professionnel, avec le souci de développer les qualités physiques (et mentales !) du ou des sportifs dont il/elle a la charge, dans un environnement exclusivement de compétition.
Lorsqu’il intervient dans une structure, un club ou une association sportive en tant que prestataire de services ou en tant que salarié, il se voit de plus en plus confié les clés de la « réathlétisation », domaine de compétences qui concerne le retour de blessures, phase intercalée entre la rééducation (médicale) et le retour à la compétition.

Seulement, comme dans de nombreux domaines, la théorie est une chose. L’expérience, les compétences et la manière de travailler en sont une autre. L’un n’est pas meilleur que l’autre. Il y a des bons et des mauvais coachs sportifs comme il y a des bons et des mauvais préparateurs physiques. Le tout réside dans l’approche et les attentes de chacun.

A vous donc de trouver votre bonheur (si vous ne l’avez pas déjà fait) !

Et si vous souhaitez réellement savoir quelles différences fait on entre un bon et un mauvais préparateur physique/coach sportif, revisionnez donc ce passage des Inconnus. Vous y trouverez peut être des éléments de réponses …

Olivier Allain

 

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« Le sport c’est, la santé »

Je vous invite à visiter le site de la campagne de prévention lancée en 2013 par le Ministère des Affaires sociales et de la Santé, et le Ministère des Sports, de la Jeunesse, de l’éducation populaire et de la Vie associative.  

 

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